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 [ ROMAN ] Lucifel

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Alexander Whales
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MessageSujet: [ ROMAN ] Lucifel   Mar 17 Jan - 5:41

Lucifel

Tome 1 : Rien ne sera plus comme avant.

Chapitre 1

Il y avait un enfant sur ses genoux. Il souriait. Le petit jouait avec une bande de tissu qui tombait de son épaule, et il me regardait de temps en temps, de ses yeux, clairs, presque transparents. Sa petite main se plongea dans ses bouclettes blondes et dorées. Je ne pouvais pas bouger. Son regard me tenait immobile. Il souleva l’enfant et le posa doucement au sol. « Va jouer » lui dit-il. Il reporta ensuite son attention sur moi. Il avança. Je n’avais pas bougé d’un centimètre. Je bougeais enfin, dans un mouvement de recul. Mes doigts se resserrèrent. Je collais mon dos au mur tapissé de rouge. C’était doux. Un cliquetis de chaînes accompagna mon mouvement. Je me crispais. Il s’arrêta. Il me regardait. « N’aie pas peur, Raphael. » Je ne pouvais pas lui répondre. Je ne m’appelais pas Raphael. Je ne voulais pas être là. Je ne savais pas qui était cet homme. Il s’approcha encore. Je tremblai. Encore un pas. J’essayai de parler. Encore. J’en étais incapable. Encore. J’essayai de partir. Il se saisit d’une chaîne et me tira à lui. « Tu ne dois pas fuir, Raphael. » Il y avait quelque chose, en lui, qui me terrifiait. Je ne pouvais pas parler, j’étais collé à lui. J’entendais son cœur battre dans sa poitrine, calmement. Je regardais, du moins j’essayais, autour de moi. Il y avait une barre métallique, tout le long de la pièce. C’est à elle que mon poignet droit était relié. Je ne pouvais pas quitter cette pièce. Les murs avaient une tapisserie rouge, parsemée de touches d’or. Je finis par réagir. Mes doigts se posèrent sur ses vêtements, et s’en saisirent. Je le poussais. Il sembla tout d’abord reculer, mais finalement, passé la surprise, il ne réagit pas. Il me montra, aussi simplement, qu’il était plus fort que moi. Puis, il me lâcha, avec un sourire narquois. Je le regardais, à la fois terrifié et suppliant. Il posa sa main sur le haut de ma tête, et frotta légèrement, comme on félicite un bon chien. Sa main glissa sous mon menton, et il releva mon visage. « Tes yeux sont très beaux, Raphael. » Commença-t-il, « Bleus, profonds, ponctués de paillettes dorées et emplis de noblesse. » Je ne pouvais pas lui répondre.

Depuis quand avais-je les yeux bleus ? Mon cœur sursauta lorsque j’entendis une voix. Elle résonnait dans ma tête. « Aide moi, tu me vois n’est-ce pas ? Laisse-moi entrer, je t’en supplie ! Sauve-moi ! » Ce fut comme un rêve. L’homme disparut. Je me redressais en sursaut, dans un cri proche de l’angoisse et de la surprise mêlés. Une vingtaine de regards se braquèrent sur moi. « Ariake Shoutarô, est-ce que tout va bien ? » C’était ma professeure d’histoire. Une femme aux cheveux blonds et longs, à la taille petite, mais rehaussée de talons. Elle tenait son critérium dans la main gauche, et ses papiers de cours dans l’autre main. Mes camarades de classe se demandaient sans doute si je n’étais pas encore devenu fou, ou si j’étais simplement un peu trop endormi encore. Je baissais les yeux, et bredouillant quelques excuses, je lui répondis. « O… oui. » Je me rasseyais à ma place, et les autres élèves rirent de moi. J’avais dû encore m’endormir en cours. Ma voisine de classe me poussa du coude et me demanda si j’avais fait un cauchemar. J’acquiesçais et détournais le regard vers l’extérieur. Je pouvais y voir des cerisiers, nus, sans la moindre feuille ni fleur. C’était l’hiver. Un hiver froid, beaucoup trop froid à mon goût. Je ne devais sans doute pas être le seul à penser ainsi. Un chien passa dans la cour de l’école, et je regardais ses déplacements avec un léger sourire. Lui, il avait la chance de ne pas être assis dans cette salle, obligé d’écouter les élucubrations d’un professeur pas toujours très au point. Mais peut-être avait-il froid. Je fis retomber mes yeux sur ma feuille de cours. Elle était dessinée, gribouillée, et contenait à peu près de tout… sauf des cours d’histoire.

Quand j’étais jeune, j’avais hâte d’avoir des cours d’histoire. Parce que j’étais persuadé que se seraient des cours passionnants, où un professeur nous raconterait des histoires drôles, ou des histoires tristes, et que nous n’aurions qu’à écouter. J’avais alors découvert la triste réalité : une fois passé les grilles du lycée, tout amusement ou toute joie d’aller en cours disparaissait, pour laisser place à un ennui morne et profond. Rien n’était intéressant. Nous apprenions non pas par plaisir, mais parce qu’il y avait un examen à la fin du semestre. S’en était décevant, par tous les côtés. La seule chose agréable à regarder étaient les filles, qui, une fois parvenues au lycée, semblaient se dorer, et que nous, garçons, étions fascinés par elles. Cela commençait déjà au collège, cette intense fascination pour le genre féminin, mais au lycée, c’était autre chose. Nous passions de quelques baisers, quelques caresses, quelques rires parfois, à une envie de comprendre plus de choses, d’aller plus loin, de dormir dans ses bras, et plus si affinité. Il y avait une fille dans la classe que j’admirais : Fumiko, la déléguée de classe. Je l’admirais, parce qu’elle était capable de tout faire, et de tout savoir. Elle était dangereuse. Il n’empêche que, mis à part ces attirances physiques inévitables compte tenu des hormones du corps masculin – et féminin – le reste du genre humain n’avait aucune importance. Ce monde, cette société était absurde. Vraiment absurde. J’avais l’impression que les adultes faisaient tout à l’envers. Il n’y avait rien de logique, de tangible. On parlait de crise financière, de grands bouleversements économiques, mais tout ça, ce n’était rien. Le problème pouvait être réglé si facilement : il suffirait qu’un hackeur un peu doué remette quelques zéros après les comptes de tout le monde. Cet argent n’existait pas. Le monde tournait autour de quelque chose de virtuel, de factice. C’était n’importe quoi. Les chefs d’états se chamaillaient comme des maternelles parce qu’ils n’arrivaient pas à se sortir de là, et ce, parce qu’ils voulaient avoir le dessus et LA meilleure idée du siècle. Mais de toute façon, ils se battaient parce que l’un avait plus de zéros que l’autre, alors que nous, au lycée, on voulait en avoir le moins possible.

Bref, je m’ennuyais. Vraiment beaucoup. Le monde m’ennuyait, ce cours m’ennuyait, les discutions populaires m’ennuyaient. La cloche sonna. On appelait toujours cela « la cloche » alors que, ce « ding dong » électronique ne ressemblait plus du tout au son des cloches d’antan. Je rangeais rapidement toutes mes affaires, et m’éclipsais avec la vitesse et la discrétion habituelle que j’avais. Comme d’habitude, Fumiko allait me chercher un moment sur ordre de la professeure qui voulait me parler, mais elle allait aussi abandonner parce que personne n’avait jamais trouvé ma cachette. Parce que je pouvais me cacher pendant des heures, et faire quelque chose qui ne m’ennuyait pas. Parce que j’éteignais et retirais la batterie de mon téléphone portable. Parce que l’ordinateur que j’utilisais dans ma planque était absolument inconnu de Fumiko, et qu’elle ne pouvait pas pister son adresse IP. Parce que dans ce monde idiot, il y avait toujours quelque chose d’idiot à faire. Et que je n’étais pas le centre du monde, alors ils abandonnaient ma recherche, parce que le lendemain, je serais là de nouveau.

Le voyant s’illumina, l’écran aussi. J’étais assis dans mon chez moi, le seul endroit véritablement à moi, et que personne d’autre que moi ne connaissait. L’ordinateur se connecta alors à trois réseaux différents, que j’avais piratés quelques mois avant. Les trois réseaux avaient pour fonction de brouiller les pistes quand je m’enfuyais. Ce n’est pas parce que j’étais très doué que j’étais invincible. La fuite, c’était l’instinct de survie de tout homme qui se respecte. Il n’y a pas de honte à fuir, surtout quand cela vous sauve la vie. Demain, enfin, ce sont les vacances d’hiver qui commencent.

Je me retournais en sursaut. Il y avait une fille derrière moi. Elle… flottait. Si, elle flottait dans les airs. Sa robe était blanche, mais parsemée de motifs étranges qui semblaient bouger. Cela devait être un effet du vent. Elle avait des cheveux noirs d’encre, et des yeux rouges. Rouges, comme le sang. « Va-t’en ! Vite ! » Elle leva la main, quelque chose de noir fut sur le point de m’entourer. Je frappais ses choses avec ma chaise, après m’en être levé précipitamment. J’ouvrais la trappe sous mes pieds, et m’y jetais. J’avais tout prévu, au cas où les flics s’en prendraient à ma planque, parce qu’un terrier a toujours besoin de plusieurs entrées. Il fallait que je m’échappe. La voix l’avait dit. Je me retrouvais dans l’eau des égouts. Je sortais de là et me remontais sur la berge. Il fallait faire vite. Je courrais vers une sortie. C’était qui, cette fille ? Une nouvelle arme biologique du gouvernement ? Comme dans ces livres de science-fiction que ma sœur adorait tant ? « T’occupes, et court ! » Pour rien au monde j’aurais désobéi à cette voix, d’autant plus qu’une explosion provenait de derrière moi et avait repoussé l’eau sur plusieurs mètres, et que, par conséquent, une grande vague me poursuivait. Mais j’arrivais à mon but, je bondis, attrapai l’échelle, grimpai, ouvrai la trappe, me hissai dehors, refermai la plaque d’égout et continuai de courir. Je finis ma course dans un cul de sac, mais je connaissais l’astuce. Je bondis, d’abord sur le muret à ma droite, puis à nouveau vers le grand mur. Je me laissais tomber dans l’eau, puis nageais vers la berge. Oui, derrière cet immense mur, il y avait une piscine. Et la maison derrière cette piscine… « N’y vas pas ! Ils savent où tu habites. Je vais te guider. » Sur le coup, cela me fit réfléchir. Parce que, je ne savais pas qui était cette voix, mais elle semblait tout savoir. « Tu me dois une explication ! » Et puis j’écoutais ses instructions, et les respectais à la lettre.

Je finis mon chemin dans une sorte de temple. Je n’avais jamais vu ou entendu parler de ce temple. Il était cependant magnifique. Une fille sortit de nulle part. Elle était en tous points identique à l’autre, mais ses yeux étaient bleus, et ses cheveux blonds. Sa robe était noire, parsemée de motifs qui semblaient bouger. Mais il n’y avait pas de vent. « Bienvenue chez vous, maitre Raphael. »
Je ne m’appelais pas Raphael.


Chapitre 2

Ce temple était sans aucun doute le plus grand mystère de l’humanité. Déjà, parce que rien de concrètement logique ne pouvait s’y passer, étant donné que la jeune fille en face de moi avait des motifs vivants sur sa robe, qu’il était apparu au milieu de nulle part et que l’intérieur avait l’air aussi grand que trois stades de football. La jeune fille, d’ailleurs, n’avait pas bougé d’un millimètre. « Je m’appelle Shiro. » J’arrêtais de contempler la salle et la regardais, elle. « Je vais vous guider à vos appartements, maitre Raphael. » Nous n’étions que deux. Elle m’appelait encore Raphael. Elle tourna les talons et marcha dans la pièce. Je la suivis. « Quand pourrais-je rentrer chez moi ? » Demandai-je. « Vous êtes ici chez vous. » Répondit-elle. Alors j’arrêtais de poser des questions, et je la suivais. Elle me mena à des appartements dignes du plus grand des rois. Les murs étaient doux, il y avait de l’or partout. Shiro referma la porte. Mon uniforme scolaire se détachait du reste. J’avais l’impression d’être dans un ancien temps. « Ariake. » Je sursautai, et je me retournais, plusieurs fois, avant de comprendre que c’était encore la voix qui parlait dans ma tête. « Shiro est une servante du temple, ou plutôt, une servante de Raphael. Je suis Raphael. Tu as été désigné comme hôte par le Temps. Ni toi ni moi n’y pouvons rien. Mais tu m’as sauvé la vie, alors, merci. » J’enlevais mes chaussures et parcourus la pièce du regard, avant d’être curieux et d’en observer les moindres détails, les moindres cachettes, les moindres recoins. « Ah… Ben… de rien. Mais je ne comprends pas. » Ce n’était pas logique. Cela échappait à mon cerveau. Rien de tout cela n’était réel, c’était un rêve, car les rêves sont de l’imagination et cela ne suit pas une même logique que celle du monde. « C’est comme un manga. Je suis le héros, je dois faire quoi pour retourner à ma vie d’avant ? » Mais en avais-je vraiment envie ? Vivre ici avait l’air beaucoup plus intéressant. « Nous n’allons pas rester ici, Ariake. Tôt ou tard, ils réussiront à entrer ici. » Je testais le lit, m’y affalant comme sur un vieux sofa. « Ils ? » demandai-je. Mais il ne répondit pas. C’était comme une énigme, quelque chose de passionnant à résoudre. « J’ai peur, Ariake. » Ah non ! Raphael était l’entité divine qui régissait ce nouveau domaine, un peu comme le créateur suprême. Il ne pouvait pas avoir peur. Quelque chose n’allait pas.

« De quoi as-tu peur, Raphael ? » Même si je le lui demandais, je connaissais déjà la réponse floue qu’il allait me donner. « D’eux. » Je m’indignais. « Qui ça, eux ? Je ne joue pas aux devinettes ! » Je me dirigeais déjà vers la porte. Cet endroit brillait trop. La porte s’ouvrit avant que je ne l’atteigne. Shiro venait de surgir comme de nulle part. Elle portait des vêtements. Elle s’approcha. Les motifs bougeaient encore. « Je vous apporte vos vêtements, maitre Raphael. » Elle les posa sur un meuble dans l’entrée. Puis elle repartit. Je restais là, immobile, à regarder les vêtements. Curieux par nature, je posais les mains dessus, les dépliais, les tournais, les retournais… « C’est pour moi ? » Demandais-je. Et il répondit : « En théorie, c’est pour moi. Dans la pratique, c’est toi qui va les mettre. » Je ne savais pas comment mettre de tels vêtements, moi. C’était à la fois bien réel et complètement illogique. Ce temple me donnait mal à la tête à force de réfléchir. Il me guida pour me changer, et j’eus la chance que tout cet attirail soit à ma taille. Je m’approchais d’un miroir aux bordures dorées, et ce fut un choc. Je portais les mêmes vêtements que l’homme de mon rêve. Je fis un pas en arrière. J’étais à la fois stupéfait et terrorisé, sans savoir trop pourquoi. Je portais un haut blanc, possédant des motifs bleus. J’avais un pantalon très large, blanc. Il y avait une sorte de collier – mais pas tout à fait – qui, épais et lourd, était posé autour de mes épaules. Enfin pas exactement. Il était constitué de deux plaques d’or, l’une posée sur mon dos, reliant mes omoplates, et l’autre sur mon thorax. Elles étaient reliées entre elles par un tissu blanc souple, qui ne bloquait ainsi pas mes épaules. Coincé à l’intérieur de ces plaques, tombaient deux bandes de tissu, blanc encore une fois, de part et d’autre de mes épaules. Le tout était plutôt large, et bien que j’aie peur de m’y prendre les pieds, c’était plutôt agréable et confortable à porter. « Pourquoi je dois porter ça moi ? » Je soupirais en secouant la tête. « Ça te va plutôt bien. » Peut-être, mais ce n’était pas mon problème du moment. « Cet homme… ce n’était pas un rêve, Ariake. Tu l’as vu, n’est-ce pas ? Ce n’était pas toi qui étais attaché là-bas, c’était moi. Pour m’enfuir j’ai dû trouver un hôte, alors j’ai demandé au ciel de m’en trouver un. Et voilà comment tu t’es retrouvé à assister à cette scène. Et si on ne réussit pas à l’arrêter, cela recommencera. Mais comme je suis en toi… c’est vraiment toi qui y seras la prochaine fois. » Un frisson d’horreur me parcourut. J’eus peur, froid, faim, sommeil, envie de fuir et un haut le cœur. Cette scène dont je me souvenais des moindres détails me remplissait d’horreur.

« Maitre Raphael, nous vous attendons. » C’était encore Shiro, qui était revenue sans que je m’en aperçoive. Elle m’espionnait ou quoi ? Elle me fit signe de la suivre, et je la suivis. Les couloirs étaient immenses et tout me semblait complètement démesuré, complètement impossible. Mes doigts tremblaient. Shiro me les prit avec délicatesse. « Tenez encore un peu, s’il vous plait, pour maitre Raphael. » Ainsi, je me rendis compte qu’elle savait que Raphael était en moi, et que ce n’était pas moi. On me demandait de faire des efforts pour un type que j’avais déjà sauvé une fois – apparemment – et que j’allais encore devoir sauver, d’une manière qui m’était totalement inconnue. Ils ne m’avaient rien expliqué, j’avais été balancé ainsi ici sans d’autre explications qu’un « tenez bon s’il vous plait » ! Et ils voulaient que je tienne bon ! J’en avais déjà plus qu’assez de cette chose étrange, complètement illogique et qui donnait mal à la tête ! Elle me donna un biscuit, et me dit de le manger, que cela me donnerait des forces. Raphael ne me dit rien, alors je le pris, et je le mangeai. Cela me fit du bien. Nous continuâmes à marcher encore un peu, puis elle ouvrit une immense porte, si facilement, malgré la masse qu’elle avait. Elle annonça : « Maitre Raphael. » Puis, elle me fit signe de m’avancer vers la lumière. Je fis deux pas, et je vis une foule immense s’incliner face à moi. Certains s’inclinaient légèrement, comme on salue un supérieur hiérarchique. D’autres tombaient complètement au sol, comme s’ils imploraient ma pitié. Je voulus reculer. J’en fus incapable. Ma voix s’éleva seule, et je ne pus rien contrôler du tout : « Moi, Raphael, vous pardonne pour votre erreur. Tâchez de ne jamais refaire deux fois la même. Ce jeune humain m’a sauvé, traitez le comme il se doit de traiter un Hôte. Et surtout, protégez le. » Shiro s’approcha et posa sa main sur mon épaule. Elle chuchota : « Maitre Raphael, arrêtez cela, il ne va pas tenir. » Ma tête tourna, et je tombais dans les bras de la jeune fille. Elle me tenait bien, serré contre son cœur. Elle murmura des mots, je ne les entendis pas vraiment, mais mes yeux se fermèrent, et je n’eus plus peur.

Je me réveillais dans le lit aux parures dorées dont j’avais testé le moelleux peu avant la cérémonie. Je portais une chemise beige, et le caleçon que j’avais depuis le début de mon avant-dernière journée de cours. Il y avait un plateau avec de la nourriture, encore chaude, sur la table à proximité de mon lit. Je me redressais pour en humer le parfum, mais ma tête se mit à tourner, et je perdis l’équilibre. Ma tête frappa le sol. Je laissais échapper une plainte aigüe et me redressais. La porte s’ouvrit, j’entendis le bruit d’un objet qui tombe au sol. « Maitre ! » La voix féminine n’était pas celle de Shiro. Je tournais la tête vers elle, elle s’était approchée de moi. Je la reconnus de suite. « Fumiko… ? » Elle sursauta. Elle aussi m’avait reconnu. « Ariake ! Que fais-tu ici ? » Je devais avoir l’air pitoyable. Elle s’approcha de moi, et me souleva avec facilité, pour me poser sur le lit. J’étais en caleçon, et cela ne semblait pas la gêner. Elle remit cependant la couverture sur moi. « Alors c’est toi, l’Hôte. » J’acquiesçais. « Repose-toi alors. Tu vas avoir besoin de toute ton énergie, et maitre Raphael prend de ton énergie pour vivre. – Pourquoi es-tu ici ?Je suis au Temple depuis longtemps, Ariake. Tu ne sais pas ce qui t’entoure, tu es toujours seul. Tu n’as jamais fait attention au reste. » Je ne pouvais rien dire, c’était vrai. Elle me donna à manger, comme à un enfant. Je me sentis un peu idiot, mais je ne pus rien y faire. Elle souriait. Nous discutâmes de tout et de rien. Elle m’expliqua que Raphael avait utilisé mon corps comme si c’était le sien, et que cela avait épuisé toutes mes réserves d’énergie. Elle me dit qu’il recommencerait sûrement, mais qu’avec l’habitude, je ressentirais de moins en moins les effets, et qu’ensuite cela n’aurait même plus de répercutions. Je ne voulais pas qu’il utilise mon corps comme si c’était le sien ! Elle me dit que mes professeurs s’inquiétaient et me cherchaient partout, et que mon père avait été au courant de ma subite disparition. Elle me dit qu’il avait appelé la police, parce qu’il pensait que j’avais fugué, et qu’il était fou de rage. J’allais donc être puni pendant des mois si je rentrais. Mais ce genre de punitions ne servaient à rien, parce qu’il n’était pas à la maison mais en voyage d’affaire, comme toujours. Il ne pouvait rien contrôler.

Je me dis encore que les adultes étaient idiots. Leur monde tournait à l’envers de ce qu’il devrait. Ils passaient leurs journées à lutter contre des fantômes de chiffres, et le monde entier pouvait être chiffré. Fumiko posa son doigt sur mon front. « Cesse d’user tes neurones, tu vas te fatiguer encore plus. » J’acquiesçais. Elle finit par prendre ce qu’elle avait fait tomber, puis elle put tout nettoyer, ramasser, ranger, puis elle partit avec le plateau vide. Je me retrouvais seul, enfin presque. « Elle est gentille. » Je m’offusquais. C’était de la vie privée là ! Il n’avait pas le droit d’écouter ! « Ne dis pas ça comme si toi ou moi avions le choix. » Oui, c’était ça. C’était ça, la fatalité transcendante qu’on avait étudié en cours. Mais moi, je n’étais pas un héros. J’étais quelqu’un comme tout le monde. « Raphael, tu es quoi au juste ? Un esprit, un fantôme ou un dieu ? » Je me cachais sous les couvertures, enfouissant ma tête qui tournait dans les multiples couches d’oreillers. « Je suis un Ange, Ariake. » Un ange, avec des ailes comme dans les tableaux de la Renaissance ? J’avais du mal à l’imaginer. « Tu me ressembles beaucoup, mais j’ai des yeux bleus et je suis blond. Je suis aussi un peu plus grand que toi. Je fais plus adulte. » Oui, mais moi je n’avais que seize ans, enfin presque dix-sept. Moi, j’avais les yeux noirs, et les cheveux noirs aussi. J’étais moyennement grand, atteignant presque le mètre soixante-dix. « J’ai peur, Raphael. » Il répondit : « Je sais, moi aussi. » Puis je fermais les yeux. « Qu’allons-nous faire après, Raphael ? » Il ne répondit pas. « Et ma petite sœur ? » Il me dit que tout irait bien pour elle. C’est alors pour moi que j’eus peur.

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Dernière édition par Alexander Whales le Lun 23 Jan - 23:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [ ROMAN ] Lucifel   Ven 20 Jan - 5:13

Chapitre 3

Je ne pus pas sortir de ce lit pendant trois journées entières. Heureusement, je pus manger seul dès le premier jour, et je pus m’assoir seul sans contrecoup le deuxième jour. Je fis promettre à Raphael d’être plus prudent la prochaine fois, ou au moins de me prévenir avant, parce que la sensation n’était pas agréable. Fumiko m’apporta des vêtements plus « normaux » et je pus enfin sentir quelque chose d’habituel contre moi : un jean, un débardeur, une veste, des tennis… Mes doigts caressèrent le tissu râpeux avec bonheur, et un sourire se dessina sur mes lèvres. Ça, c’était enfin quelque chose de rassurant, quelque chose de complètement logique selon les rituels de préparation des jeans capitalistes. Le capitalisme était logique, concret, mis en place, et il donnait des chiffres à plusieurs zéros pour les adultes qui en étaient friands. Je ne devais surtout pas sortir de ce temple, car – d’après Fumiko et Shiro – il avait le rôle de gardien, de bouclier, et empêchait ceux qui en voulaient à Raphael d’entrer. Mais Raphael disait que, tôt ou tard, ils briseraient la barrière. Nous n’avions alors plus qu’à espérer que c’était « tard » que cela allait arriver, et que nous aurions eu le temps de nous protéger, ou de nous enfuir. Je passais des heures seul, avec Raphael en moi. Parfois nous parlions, de tout, de rien. Je voulais des explications, il ne les donnait pas. Nous parlions de Shiro, de Fumiko. J’appris qu’elles deux se connaissaient depuis longtemps, et qu’elles avaient un rôle particulier au Temple. Il me dit qu’il allait m’apprendre l’essentiel de ce que je devais savoir sur les Anges, et sur ce temple.

« Je suis un Ange, Raphael. Physiquement parlant je suis identique à n’importe quel humain, mais je suis immortel. Ce Temple est mon temple, le Temple de Raphael. Il n’apparait qu’à ceux que j’invite, et je suis capable de le modeler selon mon envie, même si cela me coûte de l’énergie. Je suis certes immortel, mais je ne suis pas tout puissant. Lorsqu’un Ange est à court d’énergie, il devient aussi utile qu’un humain lambda. Autant dire : complètement inutile. L’Ange peut disparaitre en demandant au ciel de lui attribuer un Hôte. Cet Hôte est un humain, choisi par le ciel, qui correspond à certains critères. Pour libérer un Ange de son Hôte, le Pouvoir des Rois est nécessaire. Un seul humain peut être l’Hôte de Raphael, et un seul humain peut libérer Raphael de son Hôte. A présent, ce que nous devons faire est retrouver cet humain. » Oui, très bien… à un détail près : nous étions à peu près sept millions d’humains. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Et puis surtout, chercher quelqu’un, si nous étions traqués, cela allait être très compliqué. Et puis, comment saurions-nous qui était cette personne, même si on la trouvait ? C’était une impasse totale ! J’allais devoir passer ma vie avec Raphael en moi. Il tenta de me rassurer, me dit de me calmer, qu’on la trouverait…

Et il fallut se préparer. D’abord, j’appris que Raphael pouvait voir même si je ne voyais rien. Alors on s’entraina. J’avais les yeux bandés ; il me guidait. Il ne voyait pas comme moi : certaines choses brillaient, d’autres non. Je ne sais combien de jours cela dura. D’abord, il m’indiqua des gestes lents, mesurés, dans des grands espaces, et ensuite on s’entraina à la fuite, dans des endroits sombres, étriqués, plus ou moins accessibles. Il voulut entrainer à la fois mon corps et mon esprit. Il m’apprit à voir les issues, trouver les chemins, à le faire rapidement, et efficacement. Je fus par la suite capable de me déplacer dans le noir presque complet comme si j’étais en plein jour. Je dus apprendre à me coordonner avec ses pensées, ses volontés. Je ne voulais alors plus qu’une chose : que tout s’arrête, et que tout recommence comme avant. Ma sœur me manquait. Le soir, lorsque j’avais envie de pleurer, Raphael me rassurait, me consolait. Il m’expliqua un jour que les Anges ne pouvaient pas pleurer, et qu’un Hôte « activé » ne le pouvait pas non plus. Ne pas arriver à pleurer était encore plus douloureux que d’éclater en sanglots. Raphael comprenait et ressentait autant que moi cette frustration. Mais il ne pouvait rien y faire.

J’avais peur. Raphael avait peur. Nous avions beau être ensemble, nous étions aussi seul l’un que l’autre face à nos émotions et nos craintes. Ni lui ni moi ne pouvions y changer quoi que ce soit. Shiro et Fumiko étaient à la fois un soutien important et une source supplémentaire de frustration. Rien n’aurait été plus beau que de revenir à cette vie ennuyeuse, à l’illogique et à la faiblesse des adultes. Je voulais retourner dans ce monde futile et compréhensible. Désormais, je devais ramper dans une épaisse purée de pois pour espérer trouver une porte, ou plutôt un petit trou lumineux, dont personne ne savait ni à quoi cela ressemblait, ni si cela existait vraiment. Le printemps était déjà là. Tout allait trop vite, mais Raphael était rassuré, parce « qu’ils » n’avaient pas encore attaqué. Cela ne me rassurait pas : « ils » avaient eu tout le temps de se préparer. Quand cela allait arriver, cela allait faire mal, très mal. Raphael m’écoutait, et il finit par être du même avis que moi.

On se prépara, et tout le monde fut prêt à se battre. Fumiko et Shiro étaient de la partie, chargées de me protéger à tout prix et de me permettre de fuir. Je ne voulais pas que Fumiko soit en danger, mais je n’avais pas le choix, et elles non plus. La nuit, j’étais seul, recroquevillé sous d’épaisses couvertures, le visage caché, enfouit dans une multitude d’oreillers. J’étais seul, mais j’avais toujours été seul, ou presque, presque toujours, presque seul. Raphael savait qu’à certains moments j’avais besoin d’être seul, et parfois il me parlait, pour que je sache que si j’avais besoin, je pouvais ne pas être complètement seul. Lui, il n’avait pas l’habitude d’être seul, et il n’aimait pas trop ça. Mais il respectait mes besoins, même s’il s’ennuyait. Alors, il me fit prendre ça comme un entrainement, je lui abandonnais parfois mon corps et il allait ailleurs, dans le Temple, voir d’autres gens. J’étais alors simple témoin de ce qu’il faisait. Cela lui faisait du bien, mais cela m’épuisait. Petit à petit, je fus capable de lui refuser l’accès et je tenais alors de plus en plus longtemps.

On se demanda si l’attaque ne viendrait jamais. Peut-être que Raphael avait sous-estimé la force de protection du Temple. Nous étions sans doute en sécurité, et il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. Le soir, désormais, Raphael me racontait les anciennes histoires, sous forme de poèmes, ou de chansonnettes. Je l’écoutais pendant des heures, sa voix était vraiment belle. Mais ce n’étaient pas que des comptines. Elles étaient, pour certaines, complètement floues, incompréhensibles. Je finis par rêver de ces histoires de Rois qu’il me racontait. Les dorures du plafond, chaque statue de pierre ou de marbre, chaque parcelle de ce Temple me semblait sortie d’une autre époque. Je pouvais voir les poèmes dans chaque couloir. Je vis le monde différemment.

Chaque soleil à son ombre,
Chaque sourire à ses larmes,
Sauras-tu les retrouver ?
Sauras-tu tout déchiffrer ?



Ce n’était pas la voix de Raphael. Je me réveillais en sursaut. « Raphael ! » Il avait entendu lui aussi. Il me dit de faire tout vérifier, mais aucune intrusion n’était décelable. Tout le temple était calme, rien ni personne n’était entré. Toute violation de la porte principale aurait été ressentie par Raphael. Par un autre endroit que la porte, il y aurait des trous dans l’enceinte, et cela aurait été remarqué. Alors, rassurés, chacun reprit ses activités. Il faisait nuit, et je me replongeais dans les couvertures de mon lit. Je fermais les yeux, mais le sommeil ne vint pas. Raphael me dit qu’il allait monter la garde, et je fus rassuré. J’étais épuisé. Le sommeil finit par venir. J’avais peur.

Le Destin est très joueur,
Ton corps lui appartient.
Bientôt se sera mon heure,
Et ton cœur sera mien.



Je me réveillais à nouveau, à peine une heure s’était écoulé. Quelque chose n’allait pas dans cette chambre. La panique m’envahit, et Raphael n’y put rien. Encore une fois, rien ne fut découvert. Je ne pus dormir de la nuit, et le lendemain fut une journée très longue, trop à mon goût. Les jours passaient, et toutes les nuits, cette voix revenait. J’en fis des cauchemars, et Raphael se sentait coupable, je le savais. J’étais harcelé de toutes parts. Parfois, j’hurlais, la nuit. Personne n’y pouvait rien.

Ce soir nous arriverons
A nous revoir, mon enfant.
C’est ce soir : nous arrivons.
Craint mon pouvoir, fils d’Adam.



Je poussais encore un cri. Mais cette fois, c’était réel. Il était là. Je savais qu’il allait arriver. Le méchant ne ment jamais quand il te dit qu’il arrive, c’était ainsi dans toutes les histoires. Je m’habillais, chaudement, même s’il faisait nuit noire. Je me glissais à l’extérieur de ma chambre. Raphael me dit de m’arrêter, que ce n’étaient que des provocations, qu’il n’était pas entré. Je ne l’écoutais pas, et continuait vers le couloir. Je frappais deux coups à la porte de Fumiko, puis je me dirigeais vers la sortie de secours qui n’existait pas encore. J’attendais là, immobile, que l’alerte soit donnée à cause d’une intrusion. Je restais roulé en boule, dans le noir, et je répétais sans cesse : « Il va venir, Raphael. Il va vraiment venir ! » Mais Raphael disait qu’il faisait ça pour me faire peur, et qu’il ne viendrait pas. Je tremblais. J’étais terrifié. Shiro s’approcha de moi. Je relevais la tête. Elle sourit. C’était la première fois que je la voyais sourire, ou même exprimer une autre émotion que l’indifférence. Et ce n’était pas un sourire des plus rassurants. Je me relevais. « Quelque chose ne va pas, Raphael. » Il était d’accord avec moi. Je reculais. Le mur derrière moi explosa. Je fus propulsé à terre. Je me retournais, je reculais, je cherchais un mur pour me relever. « Raphael… il est là… »

« Je sais » répondit-il. « Tu n’as qu’une seule chance de t’en sortir. Court. »

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MessageSujet: Re: [ ROMAN ] Lucifel   Lun 23 Jan - 23:00

Chapitre 4

« Court. » Et je courrais. A en perdre haleine d’ailleurs, je courrais. Je tournais le dos à mon ennemi, passant à côté de Shiro. Elle se retourna et me suivit en courant. Et tout derrière moi des bandes blanches s’approchaient. « RAPHAEL ! » La fille de l’autre fois était devant moi. Un trou se découpa sous mes pieds, Raphael me dit d’avoir confiance en lui. Je fermais les yeux et me laissais tomber. Je glissais comme dans un toboggan, et je roulais dans l’herbe dehors, au bout du tunnel lisse. « COURT BORDEL ! COURT ! NE T’ARRÊTE PAS ! » Je me relevais, et prenais mes jambes à mon cou, sans demander mon reste. Je m’arrêtais une fois dans l’ombre. « Et Fumiko ? Et tout le monde ? Ils vont… ? » Il me dit de ne pas m’en faire, que tout irait bien, que je devais juste vivre, que sinon ce type allait me tuer. Je fis quelques pas. Quelque chose explosa derrière moi. Je repartis à toute vitesse, courant à travers les ruelles, me faufilant dans les petits espaces. Je me laissais guider par mon instinct et par Raphael. Mes gestes, bien que paniqués, restaient précis. Jusqu’à-ce que mes pieds s’arrêtent au bord d’un précipice. « Qu’est-ce que… ? »

Tout s’arrêta. D’abord, se fut douloureux. Quelque chose traversa mon corps de part en part, tandis que mon bras droit était prisonnier d’une bande noire, qui se resserrait de plus en plus sur ma peau. J’eus peur que mon bras éclate. Je voulus pousser un cri, mais j’en fus incapable. A la place, ce fut du sang qui sortit de ma bouche, dans un son étranglé. Quelque chose attrapa ma cheville, je voulus m’en défaire, je tentai de bouger, tirant vers l’avant, puis l’arrière. Une seconde percée se fit sentir, et je poussai alors un cri de douleur. Comment n’étais-je pas encore mort ? Pourquoi cela faisait si mal… ? C’était ça, mourir ? J’étais incapable de fermer les yeux, et pourtant il ne me semblait plus être vivant. Je voyais au loin comme un lever de soleil. Je sentis une main sur ma tête, puis quelque chose appuya sur mes blessures. « Ah, il est vivant. C’est bien. » Qui étais-ce ? C’était… lui… la voix… Raphael, la voix allait me tuer… J’essayais de l’appeler. Un son presque inaudible sortit de ma bouche, un mélange entre le gémissement plaintif et le murmure. La main passa sur mon visage et me ferma les yeux. Je ne sentis plus rien du tout. Tout était noir.
Alors… C’était ça, la mort ?


Le premier était un roi,
Seul et fier, il vint à moi :
« Lumière, feu, soleil,
J’ordonne ici ton éveil. »


« Qui parle… ? »

Le deuxième était joyeux,
Fut-il juste curieux,
Hélas ne pus que dire :
« Seigneur, je te désire. »


« Qui est-ce… ? J’ai froid… »

Le troisième était un couard,
Mais il excellait dans l’art.
Face à moi, il supplia,
Mais cela ne le sauva.



« Quelqu’un ? Il y a quelqu’un ? Je vois une lumière… »

Les quatre autres, oubliés,
N’avaient d’autres intérêts,
Qu’un pouvoir qu’ils convoitaient,
Qu’ils ne purent contrôler.


« Qui chante ? Raphael… Reviens… Raphael ! »

Être immortel endormi,
Toujours face à l’ennemi,
A moi, ne t’oppose pas,
Car Eux, cela les tua.



« … qui… ? » J’ouvrais un œil. J’étais toujours vivant, même si j’avais peur que cela ne dure pas. Le deuxième œil suivit, et je posais un regard hésitant, flou, sur ce qui m’entourait. Je redressais la tête. Je reconnus les murs, rouges, j’entendis le bruit des chaines, je ne pus me redresser, je n’arrivais pas à bouger. J’avais atrocement peur. Je fis bouger mes doigts, vérifiant approximativement si je n’étais pas trop blessé encore. Mes mains étaient reliées au plafond par une chaine fixée à mes poignets. Les bras vers le ciel, le regard posé sur le plafond. Je gémis, lorsqu’un mouvement trop pressé agit sur une de mes blessures. J’avais l’impression d’être un poisson qu’on avait pêché et attaché au plafond pour qu’il sèche. « Arrête de te tortiller, tu vas te faire mal… » Je sursautais. « Raphael ! » Des doigts se glissèrent sous mon menton et redressèrent mon visage. Il était en face de moi, cet homme… « Eh bien, tu en fais du bruit pour un si faible petit humain. » Il me forçait à le regarder, j’avais l’impression que ses yeux me transperçaient. J’avais envie de pleurer… et j’en étais incapable. Il souriait. Ses yeux étaient rouges. J’essayais de reculer, mais derrière moi, il n’y avait qu’un mur. J’étais obligé de le regarder, et cela semblait lui plaire. « Quoi qu’il arrive, n’écoute pas ce qu’il te dira. C’est notre ennemi. » Il me lâcha, et s’assis face à moi. « Petit. Veux-tu vivre ? » J’essayais de tirer sur les chaines, mais finalement j’abandonnais l’idée. Même si je parvenais à me défaire, il était à un mètre de moi. Je n’avais aucune chance de m’enfuir. « J… j’ai peur… de mourir… » Je devais être pitoyable. J’étais pitoyable, faible, inutile, terrifié, lâche… J’avais abandonné Fumiko… « As-tu faim ? » Oui… avec tout le sang que j’avais perdu, je devrais avoir faim… Mais non. Je bougeais négativement la tête. Il sourit. « Alors, tu es en train de mourir. » Je tremblais. J’avais froid, et peur. « La bonne nouvelle c’est que cela ne sera pas douloureux. La mauvaise c’est que, bien sûr, tu vas mourir. » Je restais immobile. Pourquoi ? Pourquoi moi ? « Ah, et je te souhaite la bienvenue chez moi. Cette pièce fait partie d’une dimension que j’ai créée. Le problème pour toi c’est qu’aucun humain ne peut y vivre, alors tu vas finir par disparaître… piu ! » Je mordais ma lèvre, baissant les yeux. « Désolé… Ariake. Je ne peux rien faire. » Mon cœur se serra. J’aurais préféré mourir là-bas, sur Terre, que disparaitre ici. Savoir que l’on va mourir, c’était encore plus douloureux que de mourir sur le coup.

Je fermais les yeux. J’aurais voulu pleurer sur mon triste sort, mais je ne pouvais pas. « Mais, je peux peut être faire quelque chose pour toi. » Je rouvrais les yeux, et relevais la tête pour le regarder, les yeux brillants d’espoir. « Ne l’écoute pas, Ariake. S’il te plait… » Il sourit. « Ce ne sera pas gratuit.Ariake, ne l’écoute pas !Et puis, Raphael ne t’as pas tout dit, n’est-ce pas ?Hein ?Oui, il ne t’a rien expliqué, il ne t’a pas dit que tu pouvais utiliser une partie de ses pouvoirs… sinon tu l’aurais fait.Ariake ! Fais-moi confiance, ne l’écoute pas ! Petit Hôte, tu m’écoutes ?Ariake ! » Je ne comprenais plus rien, tout se mélangeait. Je secouais la tête, me débattant pour essayer de faire taire les deux sans crier. Je reculais, tirant sur les liens qui me retenaient, tremblant. « Raphael veut que tu meures. » C’était… impossible… Il vivait à travers moi, sans moi il serait prisonnier, même peut être complètement terrassé… « Parce que si tu meurs, il pourra s’enfuir, alors que là, il est pris au piège à l’intérieur de toi.Je… non… c’est impossible…Ariake, s’il te plait, crois-moi…Ne te dit-il pas de ne pas me croire ? Alors que je suis capable de te sauver ? » Il se rapprocha. J’essayais de reculer. Il posa une main sur les chaines. « Je vais te sauver.Non ! Ariake je t’en supplie ! Ne le crois pas !Il ne veut pas que je te sauve.Il ne peut pas te sauver ! » Je saturais, je ne comprenais plus rien, Raphael me donnait la migraine. J’hurlai : « TAIS-TOI RAPHAEL ! » Même cet homme qui me regardait ne bougea plus. « Je ne comprends plus rien… » Il sourit, et défit l’anneau qui entourait mes poignets. Mes bras retombèrent le long de mon corps, froids. Je tremblais toujours. « Que sais-tu des Anges ? » Pas grand-chose, et je fus bien obligé de le lui avouer. « Raphael a-t-il chanté ? » J’acquiesçais. « Quelques fois. » Il sourit, et me souleva. C’est à ce moment-là que je me rendis compte que mon torse était nu, et parcourut de bandages. Je gémis. Il ne me lâcha pas. Il m’emmena dans la pièce d’à-côté. Il me poussa sur un lit, et j’y tombais comme une masse, incapable de bouger. Mon corps semblait m’abandonner. Il me mit sur le dos, et s’assit à côté de moi. Il posa un doigt sur mon torse. « Tu ne peux plus bouger. Parce que ce Temple aspire ton énergie. Quand tu n’en auras plus, tu mourras. Je vais te sauver. Mais ce ne sera pas gratuit, tu le sais. Hm ? » Je pus le regarder, et il comprit que j’étais d’accord. Raphael protesta, mais il ne parvint pas, même en criant, à me faire changer d’avis. Je voulais… juste vivre. Raphael criait toujours, il me disait de refuser. Quand bien même je l’aurais écouté… je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas bouger.

Il colla ses lèvres aux miennes. Ce fut un long baiser. Je repris instantanément la possibilité de remuer, et poussai alors une sorte de râle, signe de protestation. « Oh non… il fait de toi un Servant ! Arrête-le ! » Je posais mes doigts sur ses vêtements, resserrant pour tenter de le pousser. Il finit par rompre, et se mit au-dessus de moi. « Ah, j’oubliais. Comme tu es un Hôte, ça va faire un peu mal. » J’essayais de me redresser, et là, je compris ce que « un peu mal » signifiait pour cet homme. J’hurlai. Chaque articulation, j’avais la sensation qu’elle se tordait, au-delà du raisonnable. Chaque muscle, j’avais l’impression qu’il éclatait. Chaque parcelle de mon corps se tordait dans une douleur atroce, entre l’éclatement et la brûlure. Il posa ses doigts sur mon visage. « C’est ça… tes yeux deviennent rouges… » Il colla son corps contre le mien, je tremblais, m’accrochant désespérément à lui. Sa main passa derrière ma tête, et il ne bougea plus. Je fermai les yeux. « Ça va passer. » J’attendis que toute douleur s’en aille pour tenter de parler, mais les mots restèrent coincés. A la place, ce fut un sanglot. Je sentis des larmes glisser sur mes joues. « Je… pleure… ? » Depuis combien de jours avais-je eu envie de pleurer ? Je ne sais trop pourquoi, je me sentis alors très soulagé. Détendu, même. « Un problème de réglé. » Il se redressa, et s’assit sur mon bassin. Je le regardais, incapable de bouger. « Afin que tu ne redeviennes pas un Hôte… » Il commença à me déshabiller. Je protestais faiblement, de toute façon, cela ne changerait rien de tenter de me débattre. Il trouverait juste un moyen plus atroce, ou bien il me tuerait. Il me retourna. Je gémis de douleur, car mes blessures n’étaient pas complètement guéries. Il glissa ses doigts le long de mon dos, encore plus bas. « Laisse toi faire, sinon tu auras mal. » Je tremblais. Pourquoi moi ? « Ha… attend… arrête… qu’est-ce que… ? » Il se déshabillait lui aussi, je vis tomber au sol ses vêtements. Il se rapprocha.
Je ne savais plus rien. Je ne voulais plus rien savoir.

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