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 « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »

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Seena O'Dell
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MessageSujet: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Mer 28 Déc - 7:31


"Le douleur persiste pour qui n'a pas d'espoir"

Zero Van Hallagen

La jeune femme s'étira sur sa chaise avec un soupire et jeta un oeil à sa montre. Il était temps de partir manger. Après tout, elle avait elle aussi le droit à un peu de repos. Ses journées étaient assez longues comme ça. L'école l'employait pour être présente tous les jours, 24h sur 24. On lui avait même loué une petite maison voisine de l'école pour qu'elle puisse être sur place rapidement et elle possédait un numéro spécial pour être contactée chez elle. Heureusement qu'on lui laissait les vacances. Alors zut, elle ne ferait pas d'heures supplémentaires dans son cabinet. De plus, il n'y avait pas un rat. Aujourd'hui elle avait soigné trois élèves et cinq étaient passé pour la visite ce qui donnait une bonne moyenne.

L'infirmière se leva donc et entreprit d'imprimer les feuilles complétées dans la journée et les classa proprement dans les dossiers prévus à cet effet. Comme il régnait un silence de mort, elle alluma son MP3 et lança une musique pour se donner du cœur à l'ouvrage. Dehors le soleil se couchait et sa lumière dorée incendiait toute l'infirmerie. Seena s'arrêta un instant pour contempler l'endroit baigné par cette lumière si chaude. Elle sentie une vague de bien être l'envelopper. Elle avait de la chance de travailler dans un endroit pareil avec des comptes à rendre uniquement au directeur et à son adjoint. Cette école était si belle, si majestueuse...L'infirmerie était toute neuve et avec cette atmosphère de fin de journée, c'était agréable. La jeune femme sourit pour elle même et se remit à trier rapidement. Une fois les dossiers rangés, elle retourna derrière son paravent pour retirer sa tenue blanche. Elle portait toujours la tenue réglementaire officielle soit une petite robe blanche à col mao et aux manches ballon. Elle en avait deux ou trois plus une qu'elle avait achetée elle même pour y faire deux ouvertures dans le dos et pouvoir être de temps en temps sous forme angélique. Aujourd'hui ce n'était pas le cas, elle avait préférée restée sous sa simple forme humaine. Retirant donc son uniforme, elle remit ses vêtements de civil: un long pull en tricot blanc qui lui découvrait les épaules, un pantalon slim gris (l'avantage de sa taille menue c'était qu'elle pouvait se permettre les habits près du corps) et une paire de bottine à lacet. Elle dénoua également ses cheveux qu'elle laissait toujours attachés en une longue queue de cheval basse pendant ses jours de travail. Elle ne pouvait pas se permettre d'avoir des mèches de cheveux partout dans les yeux.

Une fois changée, Seena mit son ordinateur en veille (elle ne l'éteignait jamais), fit place nette sur son bureau et s'occupa de la partie "médicale". Elle remit chaque instrument à sa place, ramassa tous les sacs poubelle avec mouchoirs, papiers et gants usagés pour les jeter dans un conduit prévu pour cet usage et elle replia tous les rideaux. Elle aurait put tout laissé à une femme de ménage mais elle aimait ranger elle même ces chose là, c'était son petit rituel. Comme ça elle pouvait aussi boucler sa journée. Elle ne se voyait pas terminer à une heure tapante et tout laisser en plan sous prétexte qu'elle avait fait ses heures de travail. Certes elle ne voulait pas faire d'heures supplémentaires mais pour elle, ranger son poste de travail n'était pas compté comme des heures de boulot en plus. C'était naturel de laisser les choses propres après les avoir utiliser. Qui plus est, elle avait la chance d'avoir son infirmerie où elle régnait en maîtresse absolue alors elle avait les responsabilités qui allaient avec, y comprit de ménage. Prendre soin de son cabinet c'était comme prendre soin d'un petit animal: ça pouvait paraitre contraignant et c'était du temps en plus à lui accorder mais quand on aime, on ne compte pas.

La jeune femme était en train de changer les draps froissés des deux lits qui avaient été utilisés quand le chuintement discret de la porte d'entrée attira son attention. Roulant vite en boule les tissus dans un sac, elle s'avança entre les paravents dans un léger claquement de talon pour voir qui arrivait. Une autre aurait surement lancé "C'est fermé ! Revenez plus tard !" mais pas elle. Ca lui était impossible. Quand une autre aurait eu un sentiment d'exaspération, elle elle se sentait inquiète: qui pouvait se sentir mal à cette heure-ci ? Était-ce grave ? Pourvu qu'elle puisse rapidement l'aider. Ca pouvait sembler tellement niais comme attitude mais elle n'arrivait pas à faire autrement. Depuis toute petite elle pensait comme ça et rien ne la ferait changer, ni les moqueries ni les mauvaises expériences.

Arrivée à découvert, elle eu une expression de surprise: c'était un adulte qui venait d'entrer d'un pas lent. Et la couleur dorée de ses cheveux ne la trompait pas, pas plus que la carrure frêle ou l'attitude effacée. C'était le professeur de mathématique. La jeune femme n'était pas prête d'oublier leur étrange rencontre sous la pluie. Il avait semblé si innocent, si surpris qu'elle lu vienne en aide. Seena devait le reconnaitre, il lui avait fait quelque chose. Il était...attendrissant ? C'était le mot le plus proche qu'elle puisse avoir pour le moment. Pourtant elle aurait dut ne pas vraiment l'apprécier: il ne parlait pas des masse, n'était pas très vif et avait un volume de voix plutôt bas qui l'obligeait à tendre l'oreille. Discret voir effacé, il n'était pas le genre de personne que la jeune femme allait voir en premier et pourtant elle lui avait courut après sous la pluie pour partager son parapluie et avait même discuter un peu avec lui. Intriguée par cette rencontre, elle avait ensuite chercher à en savoir un peu plus et fut très étonnée de voir qu'il n'apparaissait qu'une fois dans les dossiers médicaux soit le jour de son entrée en poste à Iesfira. Elle posa également quelques questions autour d'elle et la plupart des gens avaient eu une attitude qui l'avait presque choqué: ils ignoraient qui était ce Zero Van Hallagen ou alors ils prenaient un air vaguement méprisant à son sujet. Dans tous les cas on ne se rappelait jamais de lui à la première évocation et personne ne semblait se soucier de cet homme. Cette constatation avait provoqué un pincement au coeur chez la jeune infirmière.

S'avançant vers son nouveau patient avec un sourire amical, elle lui demanda d'une voix douce:

- Bonsoir professeur. Tout va bien ? Je peux faire quelque chose pour vous ? -

S'il était là c'était forcement pour une raison et elle doutait que ce soit pour faire bêtement la conversation.

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Dernière édition par Seena O'Dell le Sam 31 Déc - 3:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Jeu 29 Déc - 9:13

La raison de sa présence ici n’était pas très bonne, pour tout dire, mais il ne se sentait plus de partir.

Katelynn l’avait emmené jusqu’ici, elle avait fait la démarche de l’aider, probablement pour oublier sa frustration de lui avoir infligé ses propres douleurs. Pourtant Zero savait bien qu’il était inutile pour lui d’aller à l’infirmerie, mais il avait accepté sans se poser plus de question que cela, ne cherchant pas le conflit, se disant qu’il préférait se laisser faire plutôt que de rentrer chez lui. Que de toute façon c’était trop tard pour faire comme si, maintenant. Comme si rien n’allait se passer, comme si la Terre avait encore décidé de tourner sans lui, comme s’il était venu à l’infirmerie seulement pour ne pas contrecarrer les idées de Katelynn qui culpabilisait. En fait, quand bien même sa normalité accablante l’empêchait d’avoir des sentiments qui différaient de l’ordinaire et du banal, il savait qu’il y avait un petit quelque chose qui le poussait à ouvrir la porte, oubliant l'inutilité de sa présence ici, oubliant qu’elle ne pourrait pas le soigner. Elle. C’était Mademoiselle O’Dell, et Zero appréciait bien la présence de mademoiselle O’Dell.

C’était tout, ça lui suffisait.
Il ne percevait pas la drague, l’attirance, le désir ou tous ces sentiments si forts. Il savait juste quand il aimait partager la présence de quelqu’un, ces rares instants où la solitude ne lui semblait plus être la meilleure compagnie, quand le plus simplement du monde il pouvait sourire à quelqu’un. Zero il pouvait parler à n’importe qui, mais on ne lui répondait pas. On ne faisait pas attention au fait qu’il engageait la conversation – le 36 du mois, quand il le faisait -, on l’ignorait, on ne l’entendait pas ; mais il y avait de rares personnes qui le remarquaient. Mademoiselle O’Dell en faisait partie, elle l’avait remarqué sous la pluie, elle avait accepté de lui parler, elle l’avait raccompagnée. Et Zero il la trouvait mignonne. Il y avait bien des femmes qu’il trouvait belles sans la moindre arrière-pensée, mais O’Dell était mignonne, elle, elle avait un joli sourire et il aimait bien y répondre, il aimait bien la voir parce qu’elle le regardait et il n’avait pas l’habitude qu’on le regarde, pas lui.

Mais il n’y pensait pas plus que ça, ce n’était pas son genre.
Poussant doucement la porte, il entra à l’intérieur de la pièce, la tête rentrée dans les épaules et fixant le sol, ayant momentanément oublié la douleur, s’y étant habitué peut-être aussi. Zero savait souffrir, il avait appris à ne plus y faire attention.

    « Bonsoir professeur. Tout va bien ? Je peux faire quelque chose pour vous ? »

Il avait un peu chaud, aux joues.
Mais ça ne voulait rien dire, pas vrai ?

    « Bonsoir Mademoiselle O’Dell. »

Il aimait bien prononcer son nom, aussi.
Il entendit ses talons claquer et arriver près de lui, ayant un petit mouvement de recul, son épaule heurtant légèrement une étagère à pharmacie. Nouveau pic de douleur, il s’accrocha à la table la plus proche et passa frénétiquement sa main sur sa nuque, fronçant les sourcils. Laissant mourir un râle de douleur dans sa gorge, il jeta un coup d’œil à la jolie infirmière qui avait une mine inquiète – pour lui ? Ça alors, il avait du mal à s’y faire. Posant ses affaires sur le côté, il essaya de lui sourire, mais en fait il ne fit rien, ayant un visage parfaitement neutre, agité une fois de temps en temps par une expression de souffrance incontrôlable. Zero avait l’habitude, il devait s’en convaincre, il connaissait la douleur mieux que personne…

Il ne la supportait plus.
C’était trop extraordinaire pour lui, il voulait retrouver la banalité, il voulait partir.

    « Je vous dérange ? Je peux partir, ce n’est pas très grave. »

Sa voix était basse, faible, il ne la regardait même pas dans les yeux.
Il avait chaud aux niveaux des joues.
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Seena O'Dell
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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Jeu 29 Déc - 11:16

Elle s'était inquiétée quand il avait passé sa main dans son cou avec une expression de douleur. Une expression furtive et pourtant elle l'avait vu. Il avait posé ses affaires et regardait par terre, comme s'il pensait à autre chose ou qu'il se concentrait. Elle n'eut qu'un bref regard avant qu'il ne baisse à nouveau les yeux au sol. Elle avait déjà remarqué ça lors de leur première rencontre, il regardait beaucoup le sol. Pourtant il était grand. C'était peut-être justement pour ça ? Seena trouvait ça dommage car les quelques fois où il avait vraiment levé les yeux pour la regarder en face, elle avait remarqué qu'il les avait d'un bleu très clair. C'était stupide mais la jeune femme avait toujours eu un faible pour les yeux clairs. Non pas qu'elle tombe amoureuse de toutes les personnes avec des yeux bleus ou verts mais ça la fascinait. Surement parce qu'elle même les avait simplement bruns.

« Je vous dérange ? Je peux partir, ce n’est pas très grave. »

Il avait parlé si doucement qu'elle dut tendre l'oreille pour tout saisir. Durant une seconde elle eu l'air effarée: comment ça partir ? Mais non mais non ! Il allait rester jusqu'à ce qu'il lui dise ce qui n'allait pas. Parce qu'avec la mine qu'il avait, quelque chose clochait forcement. Il était têtu. Seena secoua la tête négativement avec fermeté.

« Bien sur que non, quelle idée ! Pourquoi vous me dérangeriez ? Ne partez pas, je vais m'occuper de vous. »

Elle prit ses affaires et les posa sur son bureau pour le débarrasser. Puis elle lui prit doucement le bras pour l'encourager. Il faisait surement partie de ces personnes qui minimisent beaucoup leur problème et qui n'aiment pas qu'on prenne soin d'elles. Et pourtant il était venu la voir alors c'était forcement qu'il voulait de l'aide non ? Quoi qu'il en soit, maintenant qu'il était ici elle ne le laisserait pas repartir sans rien dire. Au diable les ronchonneries contre les heures supplémentaires. Elle l'amena jusqu'à un lit et le fit s'assoir. Lui demandant un instant, elle retourna près du meuble où elle avait rangé tout son matériel et le ressortit, accrochant de nouveau son stéthoscope autour de son cou. C'était un peu comme de remettre son uniforme, avec ça elle était de nouveau en service et prête à tout.
Quand elle retourna près du professeur, elle afficha un sourire doux. Il s'était tenu le cou quelques instants avant, peut-être avait-il un torticolis ? Ou une crampe ? Elle savait que la nuque pouvait être un point très sensible et quand les cervicales se bloquaient, ça pouvait faire atrocement mal.

« Zero, dites moi ce qui ne va pas. Je peux au moins essayer de vous aider, non ? »

Elle se mordit la lèvre: mais qu'elle idiote, pourquoi elle l'avait appelé par son prénom ? Elle avait l'habitude d'appeler tout le monde comme ça, même si elle mettait le vouvoiement pour les adultes mais elle se retenait en temps normal. Emportée par son rôle elle avait reprit les habitudes qui allaient avec la tenue c'est à dire appeler la personne face à elle par son prénom. La jeune infirmière espéra qu'il ne s'en vexerait pas, ça serait le comble.
Elle n'osait pas le toucher du coup... Une petite voix au fond d'elle lui souffla qu'elle était ridicule. Un patient était un patient, le toucher ne voulait rien dire et d'ailleurs, c'était le cas tous les jours pour elle. Mais il n'était pas un élève et elle venait de l'appeler par son prénom sans autorisation. Et puis zut. Oubliant sa betise, la jeune femme lui passa une main dans le cou pour examiner sa nuque.

« C'est ici que ça vous fait mal, pas vrai ? »

Elle appuya doucement avec ses doigts de par et d'autre de la cervicale. Elle sentit un noeud de tension mais ne su pas dire si il pouvait causer la douleur ou non. Après tout, ça pouvait être à cause du stress et n'occasionner aucun dommage ou peut-être une petite gêne mais pas de forte douleur.

« Décrivez moi la sensation: est-ce que ça chauffe ? Ca tire ? Ou au contraire ça vous appuie dans le cou ? »

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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Ven 30 Déc - 9:32

    « Bien sûr que non, quelle idée ! Pourquoi vous me dérangeriez ? Ne partez pas, je vais m'occuper de vous. »

Sa conviction et sa fermeté avait quelque chose de dérangeant, Zero il ne connaissait pas ce genre de choses. Lui il s’effaçait, il se retirait, il s’en allait, il tournait les talons, il ne laissait pas les autres s’occuper de lui : de toute façon ils ne le feraient pas. Il ne savait pas quoi faire ni quoi dire, il n’osait même pas relever les yeux, ne pouvant empêcher une expression de tristesse condamner son visage. Les yeux à moitié fermés, cachés derrière ses lunettes et ses mèches blondes qui se balançaient devant son nez, les lèvres maintenues par un sourire triste et une veine qui s’agitait par la douleur, n’obligeant pas son visage à cette contrainte. Zero la douleur il s’en foutait, il ne la laissait prendre la place de l’ennuie dans sa vie, elle ne l’empêchait pas d’être banal et inintéressant. Pourtant il avait mal, ça le tirait si fort, de plus en plus fort.

Il détourna encore un peu plus les yeux.
Elle le débarrassa de ses affaires et lui saisit le bras pour l’entraîner près d’un lit, le faisant doucement s’assoir. Zero ne changea rien, presque translucide, ignorant à tout ce qui l’entourait, dont elle, mademoiselle O’Dell. Celle qui s’agitait pour qu’il se sente mieux, qui lui offrait un joli sourire et prenait toute cette peine pour lui, qui le couvrait d’attention alors qu’il ne la méritait probablement pas. Il aimait bien lui sourire, d’ordinaire, mais il en était incapable cette fois, figé dans une expression de mélancolie qu’il ne pouvait effacer, la mine déconfite. Pourquoi es-tu triste, Zero ? Tu n’en sais rien toi-même, tu ne connais pas véritablement la tristesse ni la joie. Tu vis, ça suffit, mais ton existence est bien inutile. Peut-être que tu t’en rends compte ? Peut-être qu’il y a quelque chose en toi qui te fait mal, autre que cette douleur dans la nuque qui ne pouvait être soignée, mais tu ne sais pas quoi. Tu ne connais pas la souffrance, propre à tout homme, tu n’es pas en ce monde pour ça.

Tu n’es en ce monde pour rien du tout.
Aucune raison valable, c’est peut-être ça qui te rend faible, le dos courbé, les épaules tombées et la tête ballante.

    « Zero, dites-moi ce qui ne va pas. Je peux au moins essayer de vous aider, non ? »

Il lui lança un regard incontrôlable.
Mais celui-ci ne la jugeait pas, ne la jaugeait pas, ne s’énervait pas, ne se réjouissaient pas, ne la scrutait pas, ne l’accusait pas. Il était vide, c’était sûrement le pire. Il était incompréhensible, insondable, inutile, neutre, creux. Il replaça ses yeux face au vide, et qu’est-ce que ce geste avait voulu dire exactement ? Pas grand-chose, elle pouvait bien l’appeler par son prénom ça ne le dérangeait pas, mais il détestait son prénom. Il haïssait son originalité, il ne supportait pas sa vérité. Il pensait à tous ses élèves qui l’appelaient par ce même prénom si représentatif. A chaque fois qu’on l’appelait « Zero » il avait l’impression qu’on se moquait de lui, qu’on lui rappelait à quel point il lui allait bien. Et il ne voulait pas croire que mademoiselle O’Dell pensait ça de lui, elle était trop gentille pour ça, pas vrai ? Elle était différente.

Ce que lui n’avait jamais su faire.
Il eut un frisson quand elle passa sa main sur sa nuque, elle était froide.

    « C'est ici que ça vous fait mal, pas vrai ? »

Il balança un soupire en guise d’acquiescement, se disant que ce serait largement suffisant.

    « Décrivez-moi la sensation: est-ce que ça chauffe ? Ca tire ? Ou au contraire ça vous appuie dans le cou ? »

    « Ce n’est qu’une douleur et pas une blessure. Vous ne pouvez pas la guérir. »

Tel un murmure, il espérait qu’elle comprendrait, il ne voulait pas s’expliquer, il n’aimait pas parler. - encore moins de son pouvoir.

    « Ça me tire. »

Tu as mal, Zero.
Ça fait très mal à l’intérieur.
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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Ven 30 Déc - 11:03

La jeune femme retint un soupire... Il n'était pas très coopératif comme patient. Quoi que pas batailleur non plus. Il avait l'air fatigué. Seena ignora superbement sa remarque quand à la douleur. Elle était bien placée pour savoir qu'une douleur ça pouvait s'effacer sans pour autant que la blessure soit refermée. Mais elle nota cependant qu'il avait bien dit qu'il n'était pas blessé. Mais comme il était peu loquace, elle lui fit grâce de la question "comment vous savez que vous n'avez qu'une douleur et non une blessure.". Elle ne remarquait d'ailleurs rien au toucher et le lâcha donc rapidement. Abattu, elle ne trouvait pas d'autre mot pour décrire son attitude. Il regardait quelque part par terre et semblait n'en avoir rien à faire de sa présence. Quel curieux personnage... Mais Seen' refusait de se laisser aller à la même mélancolie. Puisqu'il était venu la trouver c'était qu'il attendait quelque chose au fond. De l'aide ? De la compagnie ? Quelqu'un à qui parler ? On ne l'avait quand même pas contraint et forcé. Il aurait pu rentrer chez lui et attendre que ça passe. Mais il était venu la voir.

L'infirmière leva la tête et jeta un regard circulaire sur son lieu de travail: la lumière était toujours aussi belle et lui redonna des forces. La musique tournait toujours, un air de soul ni gai ni triste. La jeune femme se décida: ce soir, elle ne laisserait pas cet homme tranquille. Il était venu à la dernière minute, ça serait sa punition. Il avait l'air d'être déprimé et elle ne pouvait pas laisser partir quelqu'un de déprimé sans rien tenter. Alors à moins qu'il ne l'envoie bouler, elle ne le laisserait pas s'enfoncer tristement dans cette attitude morne. Les poings sur les hanches, elle se campa devant le professeur, gonflée à bloc et lui annonça avec un sourire:

« Bien, puisque vous dites n'avoir que mal, je vais vous donner un anti-douleur qui vous évitera de souffrir ce soir. »

Et d'un pas énergique, elle alla chercher une boite de cachets et un gobelet d'eau. A moins que sa douleur ne soit magique elle devrait au moins s'atténuer et lui permettre de relever la tête. Seena lui tendit le cachet et l'eau pour qu'il avale le remède. Comme la motivation n'y était pas, elle le laissa prendre son temps et profita de ces instants pour aller jeter un œil à son dossier. Et oui, on ne se refait pas. Consciencieuse jusqu'au bout des ongles. Elle ne fit que regarder s'il était déjà passé pour des cas semblables et voir s'il avait passé la visite. C'était non aux deux questions. Elle prit avec elle la chaise de son bureau qui avait des roulettes et se mit assise devant Zero. Un coup de manette et elle baissa le siège au maximum, pouvant ainsi percevoir le regard du professeur entre deux mèches de cheveux. Tiens, il avait des lunettes. Elle n'avait pas fait attention à ce détail avant. Son premier réflexe fut de penser qu'elle devrait surveiller sa vue. Et cette pensée lui tira un sourire en coin.

« Vous savez Monsieur Van Hallagen, un jour quelqu'un à dit que " La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. ". Si vous n'avez pas l'espoir que la votre disparaisse, si vous ne croyez pas un peu en moi alors la plus grande partie du travail ne sera pas faite. Ayez un peu confiance en moi, hum ? »

Elle lui adressa un sourire plein d'une joie et d'une innocence peu commune. Elle le pensait vraiment. Après tout les cas de psychosomatisation étaient fréquent, dans le sens de la douleur comme de la guérison. Comme elle ne comptait pas son temps et que le cachet mettrait un moment à faire effet, elle se releva et alla chercher quelque chose dans le meuble de son bureau. Elle le gardait pour elle car les douleurs dans le dos lui étaient familières. L'objet en question était en faite une poche pleine d'un liquide joliment coloré de violet et avec une pastille métallique à l'intérieur.

« Allongez vous s'il vous plait. En attendant que le médicament fasse effet, la chaleur vous aidera à vous sentir mieux. »

Elle appuya sur la pastille en métal et le liquide se solidifia à l'intérieur de la pochette de façon instantanée et en même temps, se mit à chauffer aussi bien qu'une poche d'eau venant d'être retiré du feu.

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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Sam 7 Jan - 10:49

Elle avait une conviction et un enthousiasme qu’il ne savait pas trop gérer.
Il ne voyait pas de quelle façon il devait réagir, ce qu’il devait dire ; il ne comprenait plus l’absence de ses sourires et sa soudaine incapacité à avoir sa politesse et son visage neutre – parfait en toute circonstance. Il ne pouvait empêcher sa curieuse tristesse de transcender son visage, de lever les yeux vers elle, de la regarder avec mélancolie et impassibilité à la fois. Il avait le dos voûté et la douleur dans son cou se faisait plus piquante par instant, le plongeant dans une fatigue certaine et désagréable. Pourtant il savait que ça finirait par s’en aller, comme le reste, quand bien même il ne contrôlait pas son pouvoir il avait fini par développer une force qu’il n’avait jamais véritablement remarqué : celle d’accepter la souffrance et de l’oublier, tout doucement, quitte à ne pas se soigner quand la blessure ou la maladie était réelle, ne songeant pas à demander de l’aide. Pas à elle, quand bien même il savait qu’il pouvait bien se le permettre. Mademoiselle O’Dell était différente des autres, elle était gentille avec lui, elle le regardait des fois. Et il la trouvait adorable.
Il lui adressa un sourire, ne pouvant fatalement s’en empêcher.

    « Bien, puisque vous dites n'avoir que mal, je vais vous donner un anti-douleur qui vous évitera de souffrir ce soir. »

    « Merci. »

Tout simplement, parce qu’il ne savait pas s’étendre ni montrer sa reconnaissance, quand bien même il en débordait pour elle en cet instant. Il n’avait pas souvent l’occasion de rencontrer des personnes qui se montraient si aimables et attentionnées à son égard, en fait il n’avait jamais l’occasion de rencontrer qui que ce soit. Sa vie sociale était inexistante et toutes ses tentatives pour aller à la rencontre des autres avaient été infructueuses et particulièrement laborieuses. Zero il n’attirait pas le regard, il n’attisait pas la sympathie ou la curiosité, il se laissait oublier. Sans être haï ni aimé il était seul, si bien qu’il ne savait pas comment réagir quand on lui accordait un instant, une parole, un sourire. Il avait une chaleur dans le bas du ventre qu’il ne savait pas identifier car c’était une émotion beaucoup trop profonde pour un homme banal comme lui. C’était trop intense, mais ça ne lui allait pas alors il n’y réfléchissait pas, il ne voulait pas y croire.
Zero il avait une drôle de sensation dans le ventre quand mademoiselle O’Dell lui faisait un sourire. Et tu vois, ça, ça s’appelle le plaisir.

Mais je suis sûr que tu ne sais pas ce que c’est, au fond.

Il saisit mollement le verre d’eau et le médicament qu’elle lui tendait, l’avalant sans réfléchir et posant tout cela sur une table à côté de lui. Quand le siège de l’infirmière se rapprocha de lui, il se repositionna sur le lit, se sentait soudainement bien mal assis. Elle eut un léger sourire, il baissa les yeux.

    « Vous savez Monsieur Van Hallagen, un jour quelqu'un a dit que " La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. ". Si vous n'avez pas l'espoir que la votre disparaisse, si vous ne croyez pas un peu en moi alors la plus grande partie du travail ne sera pas faite. Ayez un peu confiance en moi, hum ? »

Il lui fit un sourire, sans s’en rendre compte.
Mais il était un peu triste aussi.

    « J’ai déjà moins mal. »

Ce n’était pas complètement faux : ça allait et venait, ça disparaissait et lui lançait d’autres rails puissants de douleur, crispant son visage puis laissant celui-ci se détendre juste après. Ça allait bientôt partir, pas vrai ?
C’était ce qu’elle avait dit alors il allait la croire, il n’avait rien de mieux à faire. Il la regarda de la regarder, son visage ayant retrouvé sa timidité et sa banalité habituelle. Il remonta ses lunettes sur son nez du bout du doigt. Il observa la petite poche colorée qu’elle avait dans les mains, la reconnaissant le plus futilement du monde.

    « Allongez-vous s'il vous plait. En attendant que le médicament fasse effet, la chaleur vous aidera à vous sentir mieux. »

    « J’ai la même chose dans mes poches, en hiver. »

Et voilà qu’il faisait la conversation – et puis il n’avait pas l’intention de s’allonger.
Prenant doucement des mains la petite bouillote, il la posa sur son coup, poussant un soupir incontrôlable de soulagement en la posant sur sa nuque, ayant un léger sourire de repos. Ça allait mieux, maintenant. Sauf qu’il ne savait plus quoi faire, il lança un regard à la jolie mademoiselle O’Dell, sentant son cœur se serrer sans qu’il ne comprenne pourquoi. Il avait envie de lui parler mais ne savait pas quoi dire.

Pathétique, n’est-ce pas.
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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Dim 8 Jan - 7:53

« J’ai la même chose dans mes poches, en hiver. »

La seule pensée qui fusa à cet instant dans l'esprit de Seena fut: "A-DO-RA-BLE !". Soyons honnête, quel homme de plus de 25 ans peut vous sortir une phrase pareil avec autant de candeur, d'innocence et de pureté ? Pas des masses. Et si certaines pouvaient trouver cette réponse idiote, inutile ou digne d'un enfant de cinq ans, Seena trouvait simplement que c'était adorable. A vrai dire, à l'instant précis il était adorable avec ses mèches blondes qui lui tombaient devant le visage, ses petites lunettes qui cachaient mal ses grands yeux bleus et son air à la fois gêné et soulagé grâce à la bouillotte. Il avait toujours cette habitude de parler doucement et sur un ton assez égal mais ça ne dérangeait pas vraiment la jeune femme. Il n'y avait pas de bruit pour couvrir le son de cette voix fluette et elle ne l'accusait pas de j'menfoutisme ou d'indifférence. Pour le peu qu'elle savait de lui, il semblait être simplement "comme ça". La jeune infirmière voulait en entendre plus. Et puis ils avaient du temps devant eux non ? Elle ne le laisserait pas partir tant que le cachet ne ferait pas effet, au moins. Donc elle pouvait bien lancer un bavardage ou deux. Voila pourquoi elle rebondit sur son intervention:

« Vous avez bien raison de faire ça. Il parait que c'est assez efficace. Pour ma part, je n'en ai jamais trouvé à la bonne taille alors je garde les mains froides... Je n'aime pas ça, ça donne des frissons à mes patients et je me sens coupable de leur donner froid. »

Elle porta ses mains à ses joues pour en évaluer la température. Comme souvent, elles étaient plutôt fraîches sans être froides bien qu'après une journée à l'intérieur à s'activer elles s'étaient réchauffées sensiblement. La jeune femme oubliait toujours ses gants et avait souvent la paresse de les enfiler. Son manteau avait des poches de petite taille, parfaites pour loger ses mains mais trop étroites pour accueillir en plus des bouillottes. Et tourner en ville des heures pour en trouver des petites ne tentait pas vraiment notre infirmière. Elle s'imagina une seconde le professeur de maths dans son manteau et avec ses bouillottes dans les poches. Et elle sourit.

« Tenez, sentez. Même maintenant elles ne sont pas chaudes. »

L'ange de l'infirmerie se redressa et prit le visage de Zero entre ses mains pour lui faire sentir la température de ces dernières. Elle n'avait pas encore apprit que toucher une personne ne se fait pas vraiment dans le monde civilisé et codifié des adultes. Ou alors elle n'écoutait cette règle que quand ça l'arrangeait. C'était plutôt ça. Il ne lui serait pas venu à l'esprit de faire une chose pareil avec une autre personne mais elle se sentait en confiance et avait agit sans réfléchir, à l'instinct comme d'habitude. Elle nota cependant avec un certain plaisir qu'il avait la peau douce et chaude.
Après quelques secondes elle se retira avec un sourire joyeux. Il ne semblait n'avoir rien à ajouter sur les bouillottes alors elle décida de passer à un autre sujet qui l'intéressait.

« Racontez moi votre journée professeur. Je me suis toujours demandé comment était une journée vu par un enseignant. Je n'ai jamais été de l'autre côté du pupitre et je ne vais pas beaucoup en salle des profs... »

Après tout, pourquoi ne pas parler de ça ? Elle était curieuse d'en savoir plus sur son quotidien. Parce que la vie d'un prof de maths, ça fait partie des choses mystérieuses de la vie pour quelqu'un qui n'a jamais été autre chose qu'élève. Les profs de français on se les imagine en train de lire, ceux de chimie en train de cuisiner avec des formules compliquées à la place d'une simple recette, ceux de sport en train de faire leur footing, ceux de dessin en train de redécorer leur intérieur...Mais personne ne s'imaginait la vie d'un prof de maths. Seena était passée spécialiste dans les questions étranges: à quoi se résume le quotidien d'un poisson ? Les écureuils peuvent-ils avoir le vertige ? Comment vivent les professeurs de maths ? C'était stupide, il faisait surement la même chose qu'elle. il devait rentrer chez lui, poser ses affaires en soupirant, heureux d'en terminer avec sa journée. Il se prenait peut-être un thé et s'installait devant la télé un moment avant de penser à son diner. Seena le voyait bien écouter du jazz ou de la soul. Et puis il sortait peut-être son paquet de copies pour corriger devant les infos avant de lire et de se mettre au lit pour recommencer une journée dès que son réveil sonnerait. Il n'avait pas l'air d'être du genre à faire beaucoup d'excentricités. La jeune femme était une adepte des habitudes chamboulées sinon elle s'ennuyait mais son travail l'empêchait de n'en faire qu'à sa tête. Alors elle changeait son quotidien comme elle pouvait.

« Comment sont vos élèves ? Vous avez de bons éléments ? Ils sont plutôt agités en général, sauf les Somnis, ça doit être fatiguant. Vous sortez de temps en temps pour vous changer les idées ? »

Une idée pointait mais Seena ne voulait pas encore y penser. Elle n'avait pas à s'incruster dans la vie des personnes qu'elle rencontrait, c'était impoli...Mais rien ne l'empêchait de proposer aimablement de partager sa connaissance des lieux agréables de la ville...

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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Dim 8 Jan - 10:07

Il commençait à se sentir mieux. Un peu moins seul, aussi, supposant qu’il n’ait jamais réalisé la puissante solitude qui l’accompagnait chaque jour de sa vie.
Il y avait quelque chose de bien, chez Zero, il ne se rendait jamais compte de rien : ni des joies ni des peines, n’ayant une existence partagée entre un bonheur futile et une certaine tristesse. Sa vie reposait dans un truc gris juste au milieu, probablement dans ce même endroit où se ruinaient les artistes ratés et les génies perdus. Dans un endroit faiblement éclairé où demeuraient les existences les plus stupides et inutiles, une sorte de grande salle d’attente où patientaient tous ceux qui ne savaient pas saisir les chances ou qui les perdaient trop vite. Zero, lui, il n’avait même pas la prétention d’avoir essayé un jour. Débile, n’est-ce pas ?

C’était peut-être l’occasion de changer. Ou pas.
Il lui fit un sourire.

    « Vous avez bien raison de faire ça. Il parait que c'est assez efficace. Pour ma part, je n'en ai jamais trouvé à la bonne taille alors je garde les mains froides... Je n'aime pas ça, ça donne des frissons à mes patients et je me sens coupable de leur donner froid. »

Il aimait bien la regarder parler. Puis elle avait une jolie voix qu’elle offrait derrière un sourire rempli d’empathie et de candeur. Zero il n’a pas franchement l’habitude qu’on le regarde de cette façon, qu’on lui accorde autant d’attention et de belles paroles. Il devait probablement ressentir quelque chose qui ressemblait à un bonheur simpliste et débile, le seul qu’il possédait dans sa maigre palette d’émotions. Elle lui faisait oublier sa douleur brûlante dans la nuque, il n’avait plus le temps d’y penser. Et Zero c’était quelqu’un qui savait utiliser le temps, l’user pour faire des actions lentes et sans intérêt. Vous imaginez ? Il devrait regarder le journal télévisé en buvant un café amer, à l’heure qu’il est.

Pourtant il était là, ça lui faisait un drôle d’effet, pour une fois que son temps était gaspillé différemment. Il avait chaud dans le bas du ventre, la bouillotte commençait à refroidir.

    « Tenez, sentez. Même maintenant elles ne sont pas chaudes. »

Il la regarda, surpris, se demandant s’il avait bien entendu.
Quand elle posa ses mains sur ses joues il se sentit rougir tout doucement, avec banalité. Il n’arrivait pas à décrocher son regard qu’il trouvait tout à coup très reposant. Zero, il n’avait rien contre les contacts physiques quand ils venaient des autres : il ne réagissait pas, ne s’apercevant pas des choses et n’ayant de toute façon rarement l’occasion de pousser les autres à le toucher de cette façon ; mais avec Seena ça devait être différent. Il ne savait pas quoi faire, il ne voyait pas comment réagir. Elle avait les mains froides.

    « Je vous prêterai mes gants. »

Probablement pas une remarque bien utile, quand elle retira ses mains un courant d’air chaud lui balaya le visage, s’il s’était posé la question il aurait peut-être pu deviner que son visage avait pris une légère teinte rosée involontaire ; mais Zero ne rougissait pas souvent.

    « Racontez moi votre journée professeur. Je me suis toujours demandé comment était une journée vu par un enseignant. Je n'ai jamais été de l'autre côté du pupitre et je ne vais pas beaucoup en salle des profs... »

C’était marrant, car peut-être pour la première fois il se rendait compte comme sa vie était chiante.
Quand bien même elle lui convenait et qu’il ne souhaitait pas en changer le moins du monde, il ne trouvait dans son emploi-du-temps pas le moindre évènement qui changeait des habitudes, qui était original ou sympathique à raconter, rien. Sauf que jusqu’à maintenant tout le monde se fichait bien de quelle façon il fonctionnait ! Que pouvait-il raconter ? Rien, il n’avait pas envie de lui dire des choses ennuyeuses.

Le problème c’était qu’il ne savait rien faire d’autre.

    « Comment sont vos élèves ? Vous avez de bons éléments ? Ils sont plutôt agités en général, sauf les Somnis, ça doit être fatiguant. Vous sortez de temps en temps pour vous changer les idées ? »

Lui qui était d’une franchise alarmante hésitait soudainement à dire la vérité.
Les seuls évènements incroyables ayant rythmé sa vie étaient arrivés ce soir même.

    « La vie de professeur n’est pas très captivante. »

Correction : ta vie est chiante à mourir.

    « Ils sont agités, en général, et ils n’écoutent pas trop. Je crois que tout le monde déteste les mathématiques mais certains ont de très bons résultats. »

Il eut un léger sourire sans le souhaiter. Il regardait dans le vide, l’air un peu vague, fantomatique comme d’ordinaire. Il n’aimait pas parler, c’était d’ailleurs la première fois qu’il alignait autant de mots avec elle. Incroyable.

    « Je ne sors pas souvent, ce n’est pas dans mes habitudes. J’ai beaucoup de travail. »

Il avait un peu honte de dire ça, ne sachant pas vraiment pourquoi. Peut-être parce que c’était pathétique d’avoir si peu de vie sociale, d’avoir si peu de raisons de sortir dehors. Il leva les yeux vers elle.

    « Vous devriez passer à la salle des professeurs, de temps en temps. »

Il avait envie de la voir, probablement.


Dernière édition par Zero Van Hallagen le Dim 8 Jan - 12:12, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Dim 8 Jan - 11:24

« Ils sont agités, en général, et ils n’écoutent pas trop. Je crois que tout le monde déteste les mathématiques mais certains ont de très bons résultats. »

Ca, elle n'avait aucun mal à le croire. A vrai dire, elle même n'était pas férue de mathématique et avait passé toutes ses études à suer sang et eau pour avoir des résultats médiocres dans cette matière. Cependant, elle avait une réelle admiration pour les personnes, professeurs ou élèves, capables de maîtriser tous ces concepts abstraits qui lui échappaient. Alors oui, la grande majorité des gens de testait les maths mais elle ne déconsidérait pas pour autant l'homme qui se tenait devant elle.
Quand elle apprit qu'il ne sortait pas beaucoup, elle ne fut pas surprise. Mais elle fut contente parce que quelque part c'était la réponse qu'elle attendait. Pourquoi ? Et bien parce qu'elle avait maintenant une bonne excuse pour l'inviter à sortir. Et ça lui donnait un prétexte pour sortir elle même un peu. Mais sortir seule c'est un peu déprimant alors mieux vaut être en bonne compagnie si c'est possible.

« Vous devriez passer à la salle des professeurs, de temps en temps. »

Seena hocha la tête avec un grand sourire. S'il lui demandait alors elle ferait l'effort de se souvenir que pendant les pauses, elle pouvait aller en salle des professeurs et peut-être le croiser. Elle devait aussi en profiter pour se lier un peu plus avec les autres professeurs. Elle ne pouvait pas se cantonner à ses deux ou trois connaissances. Bien sur la moyenne d'âge n'était pas très basse et on comptait bon nombre "d'anciens" alors il ne fallait pas compter sur eux pour aller s'éclater les soirs ou le week end. Mais il y avait quelques membres jeunes parmi les professeurs et ça pouvait valoir la peine de les connaitre un peu mieux. Certains pourraient dire qu'après la visite complète qu'elle faisait passer à chacun, elle les connaissait mieux que personne. La jeune femme vit dans cette invitation une ouverture dont elle profita. C'est donc avec un regard brillant et un sourire joueur qu'elle fit son offre à Zero:

« C'est dommage de ne pas sortir. Médicalement c'est aussi déconseillé de rester chez soi tout le temps ou au travail. Alors on va faire un marché vous et moi: je viens plus souvent en salle des professeurs et vous, vous acceptez de sortir de temps en temps avec moi. C'est assez équitable non ? »

Elle lui adressa un clin d'oeil comme pour sceller cet accord. Elle trouvait le que rose lui allait très bien au teint.

« Je connais pleins d'endroits très bien. Pour se promener, pour manger, pour danser et même pour regarder tomber la pluie mais au chaud. »

Elle eu un rire. Elle s'en souviendrait toute sa vie de cette rencontre si étrange. Parfois elle se disait que si à ce moment elle n'était pas partie faire des courses, elle ne l'aurait jamais croisé et il serait rentré trempé jusqu'aux os. Si avant cette rencontre elle avait encore des doutes sur sa vocation d'ange gardien, elle en avait la preuve flagrante maintenant. C'était comme si le hasard faisait tout pour qu'elle veille sur Zero car il était celui qu'elle avait le plus vu et la personne dont elle avait prit le plus soin depuis son entrée en poste. Elle ne s'en plaignait d'ailleurs pas.

« Je suis née dans cette ville vous savez. J'ai voulu faire mes études ailleurs pour voir du paysage mais Londre reste ma ville, j'y reviens comme un oiseau à son colombier. Je connais presque tous ses recoins, j'adore m'y balader. »

C'est avec un regard un peu vague que Seena lui avait dit ça. C'était étrange comme sensation, elle avait envie de...partager son amour pour Londre, la faire découvrir à un autre. A une personne qu'elle ne connaissait que depuis quelques jours qui plus est. Remarquant entre deux mèches blondes la couleur de la bouillotte, elle comprit que c'était en train de refroidir. Avec un petit sourire elle oublia cette introspection et la remit à plus tard.

« Vous en voulez une autre ? Ou vous vous sentez mieux ? J'en ai encore une alors n'hésitez surtout pas. Ca me fait plaisir de rester si vous me tenez compagnie. »

Elle se leva et se tourna vers le bureau quand quelque chose fit tilt dans son esprit. Elle posa de nouveau son regard sur Zero et lui dit d'une voix plus douce:

« Et tutoyez moi, je n'ai pas encore l'âge de recevoir du "Vous" sans me sentir tout à coup trop vieille. Vous pouvez m'appeler Seena ou Doc, comme tout le monde. »

Et elle retourna d'un pas léger vers son bureau pour prendre une deuxième bouillotte. Celle-ci avait une belle couleur rouge profonde.

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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Jeu 12 Jan - 8:19


    « C'est dommage de ne pas sortir. Médicalement c'est aussi déconseillé de rester chez soi tout le temps ou au travail. Alors on va faire un marché vous et moi: je viens plus souvent en salle des professeurs et vous, vous acceptez de sortir de temps en temps avec moi. C'est assez équitable non ? »

Ça devait probablement l’être, mais lui il ne voyait pas du tout pourquoi.
Sortir ensemble, faire un tour, se balader. Il ne comprenait pas pour quelle raison elle voudrait ainsi partager sa présence pour quelques heures, autre qu’à cause de l’oublie de son parapluie ou du fait qu’il avait joué au super zéro en prenant la souffrance d’une élève. Alors qu’il sentait la solitude le piquer les bras et les jambes, il se posait toutes sortes de question qu’il n’aurait jamais cru titiller avant : où, quand, comment, quoi faire, quoi dire. Zero il se connaissait bien, finalement, il n’y avait pas grand-chose à savoir : il n’avait jamais rien à dire d’intéressant, pas d’histoire à raconter ou d’anecdotes, pas de blagues joliment trouvées ou de compliments doucereux. Zero il était ennuyeux et il se doutait bien que s’il acceptait de se promener avec mademoiselle O’Dell, elle s’en rendrait très vite compte. Et peut-être même qu’après cela elle l’éviterait comme les autres et ne voudrait plus jamais lui parler.

Il ne voulait pas de cela. Il attendrait sa visite à la salle des professeurs.
Retirant la bouillotte à présent devenue froide, il l’observait en baissant la tête, ayant presque oublié la raison de sa présence ici : la douleur, celle-ci se faisait bien plus supportable. Il se sentit perdre toute prestance – en supposant qu’il en ait – quand elle lui fit un clin d’œil, se demandant s’il y avait un message dans sa phrase qu’il n’avait pas saisi. Il voulut répondre mais il n’aimait pas beaucoup parler. Il se tut.

    « Je connais pleins d'endroits très bien. Pour se promener, pour manger, pour danser et même pour regarder tomber la pluie mais au chaud. »

Elle ne fit que confirmer ce qu’il avait déjà cru comprendre : ce n’était certainement pas avec lui qu’elle devait aller se balader ; il ne ferait que l’importuner avec son silence et sa platitude si agaçante et ennuyeuse. Il n’allait pas au restaurant, ne savait pas danser et marchait sous la pluie, lui, il ne la regardait pas. Il était fait pour marcher sous la pluie et non pas pour se faire protéger par une main avenante, la sienne en l’occurrence. Il ne voulait pas gaspiller son temps alors qu’il devait y avoir tant d’hommes plus extravagants avec qui elle pourrait passer du temps.

Zero il aimait bien la solitude.
Il s’y était habitué, du moins. Ça suffisait.

Il releva le regard vers elle alors qu’elle évoquait Londres, sa ville de cœur, d’affection. Il essayait de voir où elle voulait en venir, il croyait comprendre mais sans réellement le faire. Il n’était pas attaché à grand-chose ni à grand monde, sans aimer la diversité et le changement il ne cherchait pas à rester dans la même ville non plus. Un lieu était un lieu, comme lui, Zero était Zero. Pas grand-chose. Il aimerait bien ressentir ça. Il aimerait en savoir plus sur ça, peut-être que mademoiselle O’Dell pourrait le lui expliquer, le lui raconter. Il souhaitait encore l’écouter, c’était plus facile que de parler. Elle était intéressante. Il lui souriait sans s’en rendre compte.

    « Vous en voulez une autre ? Ou vous vous sentez mieux ? J'en ai encore une alors n'hésitez surtout pas. Ça me fait plaisir de rester si vous me tenez compagnie. »

Il voulut protester, dire que ça allait très bien, mais il était trop timide pour cela : la plus infime contradiction mourrait dans sa gorge. Il la laissa la prendre, il n’avait plus très mal, il ne s’en rendait pas vraiment compte mais il n’allait pas partir. Pas encore. Ça viendrait plus tard.

Il s’était levé et était tourné vers elle. Posant la bouillotte sur le lit, il enleva ses lunettes.

    « Et tutoyez moi, je n'ai pas encore l'âge de recevoir du "Vous" sans me sentir tout à coup trop vieille. Vous pouvez m'appeler Seena ou Doc, comme tout le monde. »

    « Si vous voulez. »

Raté.

    « Euh. Si… si tu veux. Mademoiselle Seena. »

Il regardait ses chaussures en tripotant ses lunettes. Il ne tutoyait jamais les adultes, ça lui faisait bizarre. Il n’osait même pas lui demander de faire pareil de peur d’être impoli ou de ne pas agir comme il fallait.
Quoi qu’en fait, le problème était là : Zero faisait toujours ce qu’il fallait, il faudrait bien changer cela un jour. Ce n’était pas drôle du tout.

    « Je veux bien visiter Londres avec vous. »

Encore raté.

    « A-avec toi. »

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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Ven 13 Jan - 11:09

La jeune femme eu un sourire réjouit et ses joues prirent une teinte plus soutenue. Elle ne s'attendait pas à avoir tant de chance avec une approche aussi idiote mais apparemment il acceptait de venir avec elle. De sortir avec elle. Elle émit l'hypothèse qu'il devait l'apprécier suffisamment pour ça et en fut particulièrement heureuse.
Il s'était levé et avait laissé de côté la bouillotte qui devait être tiède à présent. Et il ne semblait plus souffrir. Le cachet avait un effet relativement puissant et rapide. Elle ne pouvait pas donner ça aux élèves en temps normal sans une autorisation ou une attestation de non allergie car c'était souvent trop fort mais Zero était un adulte et il avait l'air de vraiment souffrir en arrivant. Seena ne regretta pas de le lui avoir donner. Posant ce qu'elle avait en main sur le bureau, elle s'approcha de Zero. Il était assez grand ce qui faisait une belle différence avec elle mais elle commençait à en avoir tellement l'habitude qu'elle ne releva même pas.

« C'est gentil. Ça me ferait vraiment plaisir vous savez. Je suis sur que même avec votre emploi du temps chargé je pourrai trouver une occasion. »

Il ne souffrait plus alors il allait surement partir. La discussion avait été trop courte mais Seena pensait savoir comment la faire durer encore un peu. Après tout, elle allait partir aussi donc pourquoi ne pas le faire ensemble ? Il avait dit oui à sa proposition de sortie alors peut-être qu'il dirait oui à autre chose ? Elle tenta le coup.

« Dites moi professeur...Peut-être que j'en demande trop mais vous accepteriez de m'attendre le temps que je finisse de ranger ? Je n'en ai pas pour très longtemps. Prenez mon siège en attendant. »

Et elle le dépassa avec un sourire pour retourner dans la zone médicale et terminer de ranger. Elle remit les instruments à leur place, roula les derniers draps en boule, ferma la fenêtre et prépara sa fiche pour demain ainsi que son agenda. Elle prévoyait certains rendez-vous à l'avance pour éviter de recevoir plein de monde en même temps et comme ça, elle savait aussi comment organiser sa journée. Étant à la fois l'infirmière de l'école et le médecin traitant de toute personne vivant ou travaillant dans l'établissement (bizarrerie des pouvoirs oblige), elle recevait à la fois des visites surprise pour un bobo par-ci par-là et des visites déjà prévues dans le cadre de consultations.
Une fois le tout rangé, elle jeta un regard autour d'elle avec une mine satisfaite. Puis elle reporta son attention sur Zero avec un petit sourire. Il l'avait attendu. En même temps, il n'avait pas vraiment eu le temps de lui dire non puisqu'elle s'était immédiatement activée. Elle l'avait fait exprès sans vraiment le vouloir mais elle s'en rendait compte à présent. C'était petit de sa part mais pas vraiment méchant au fond. Il faisait bon à l'intérieur mais le soleil déclinait, laissant dans l'ombre ce qui n'était plus à sa portée. Seena eu soudain une idée. Une idée du genre qu'elle aurait exposée à n'importe qui d'autre sans problème mais qu'elle avait du mal à formuler devant cet homme. Parce qu'il ne parlait pas beaucoup, parce qu'il avait l'air fatigué et parce qu'il avait déjà accepté beaucoup de choses. Elle pesa rapidement les pours et les contres et se dit qu'il valait mieux en rester là pour ce soir.

« C'est gentil de bien avoir voulu m'attendre. Je trouve ça déprimant de quitter le travail seule, dans le silence. Si vous le souhaitez, nous pouvons y aller maintenant. »

Non pas que elle le souhaite elle, en tout cas ce n'était pas un désire ardent car elle aimait cette compagnie chaude et discrète. Mais tout à une fin et la journée ne pouvait pas s'arrêter pour lui faire plaisir. Alors autant la finir sur une note joyeuse !

« Je peux vous raccompagner chez vous si vous voulez. Comme ça vous ne ferez pas le voyage seul. » lui dit-elle avec énergie et un grand sourire.

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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Jeu 19 Jan - 10:10

    « C'est gentil. Ça me ferait vraiment plaisir vous savez. Je suis sûre que même avec votre emploi du temps chargé je pourrai trouver une occasion. »

Moi aussi ça me ferait plaisir, se dit-il.
Très, quand bien même il ne se rendait pas compte à quel point. Il lui offrit le plus niais de ses sourires timides.

    « Dites-moi professeur...Peut-être que j'en demande trop mais vous accepteriez de m'attendre le temps que je finisse de ranger ? Je n'en ai pas pour très longtemps. Prenez mon siège en attendant. »

    « Je. »

Déjà partie. Elle était dynamique comme jeune fille.
Elle était en train de ranger toutes ses affaires, faisant des allés-retours incessants dans l’infirmerie dont elle semblait connaître chaque recoin par cœur – ce dont, lui, ne pouvait pas se venter pour aucun lieu au monde, pas même ses appartements. Il la regardait d’un œil à la fois distrait et intéressé, ne s’apercevant pas comme il ne pouvait décrocher son regard de sa présence qu’il trouvait envoûtante. C’était bizarre, pas vrai ? Bizarre comme une jeune femme aussi jolie et gentille ait pris ainsi cette peine de lui adresser la parole, de lui demander de l’attendre. Zero attendait la vie, pas les gens. Ça lui donnait une drôle d’impression.

Surtout de l’attendre, elle, mademoiselle Seena.
Il la regardait toujours. Encore heureux qu’elle ne s’en rendait pas compte – et que lui non plus.

Il répondit à son sourire avec une sorte d’entrain, étant finalement encore plus gauche et maladroit que d’habitude. La bouche qui partait étrangement vers le côté, les yeux qui fixaient les siens avec une admiration certaine. Elle était mignonne. La nuit tombait et ce ne fut qu’en remarquait à quel point la pièce était plongée dans l’obscurité qu’il ne songea à ce qu’elle venait de lui dire. Mais pourquoi donc devait-il rester le temps qu’elle range ses affaires ? Attendait-elle une initiative de sa part ? Il ne savait pas, il avait mal au cœur, mal à la gorge. Il baissa les yeux, pouf, envolé la soudaine fantaisie.
Plus rien. Mademoiselle Seena.

    « C'est gentil de bien avoir voulu m'attendre. Je trouve ça déprimant de quitter le travail seule, dans le silence. Si vous le souhaitez, nous pouvons y aller maintenant. »

Il hocha vaguement la tête.

    « Je peux vous raccompagner chez vous si vous voulez. Comme ça vous ne ferez pas le voyage seul. »

Il sentit une soudaine chaleur dans son bas ventre, relevant les yeux vers elle, il prit quelques secondes de réflexions : les images de la nuit au parapluie lui revinrent en mémoire. Il se mordit la lèvre inférieure.

    « Ce serait plutôt à moi de te raccompagner, non ? »

C’était ce que faisaient les Hommes, les vrais !
Fais comme si tu en es un, Zero, tu feras illusion.

    « Si tu es d’accord. »

Il fit un pas vers elle, puis deux.
Oh, tiens, soudainement ils étaient bien proches l’un de l’autre. Et il lui fit un sourire dissimulé dans la pénombre, laissant le silence guetter sa réponse. On pourrait presque entendre son cœur s’intensifier en pulsions cardiaques, juste un peu. Un tout petit peu.
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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Jeu 19 Jan - 13:26

La jeune femme sourit doucement à l'entendre parler. Elle appréciait sa voix en fait. Même si elle était basse et sans beaucoup de couleur, même s'il ne mettait jamais un mot au-dessus de l'autre au point d'avoir un discours terne au moins en apparence. Malgré tout ça, malgré toutes ces choses qui auraient dut la rebuter, l'énerver, l'exaspérer, elle trouvait sa voix agréable. Elle prêtait l'oreille à ce qu'il disait, se sentait rassurée de l'entendre parler. Et puis il la tutoyait. Ca elle en était contente, il avait hésité au début mais il semblait y être passé facilement. Elle aimait qu'on la tutoie mais c'était encore mieux si M. Van Hallagen la tutoyait et ça, pour une raison qui lui échappait. Elle n'était pas encore capable de s'en rendre compte d'ailleurs mais je vous parierai trois livres sterling que ce détail la frappera alors qu'elle sera sur le point de s'endormir sereinement.

« Oui...Oui je veux bien.» dit-elle simplement.

Elle se surprit à parler bas, elle aussi et à avoir le rose aux joues. Elle ne comprit pas pourquoi mais fut heureuse que la pénombre grandissante qui se transformait déjà en obscurité au plus profond de l'infirmerie soit là pour dissimuler son trouble.
Un trouble qui ne fit que grandir quand Zero s'approcha. Elle ne redoutait pourtant pas les contacts physiques mais cette fois elle sentie une timidité la gagner. Il n'y avait pas vraiment de raison à bien y regarder. Mais c'était inexplicable, comme le fait qu'elle aime le regarder ou l'entendre parler. Comme le fait qu'elle le remarque dans la foule alors que personne ne le faisait. Comme le fait qu'elle retienne son nom plus facilement que celui d'autres professeurs. Et elle ne cherchait d'ailleurs pas d'explication à tout ça, ça lui arrivait et c'était tout, à la fois dérangeant et agréable. Elle passa de rose à rouge quand elle leva les yeux vers Zero pour pouvoir le regarder en face. Cette fois elle sentit son cœur manquer un battement et elle s'en aperçut. Pourquoi ? Elle n'était pas étrangère à cette sensation mais pas familière non plus. Et de l'avoir déjà vécu faisait naître cette question: pourquoi ? Qu'avait-il de si particulier pour qu'elle réagisse comme ça avec lui ?
Seena entre-ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose mais rien ne lui venait à l'esprit. Ce silence était oppressant, trop chargé de sensation et pas assez de mots pour le refroidir, mettre de la distance. Elle pouvait entendre son propre coeur battre à ses oreille à un rythme trop élevé pour être habituel. Que devait-elle dire ? Que devait-elle faire ? Elle envisagea plusieurs options mais certaines étaient parfaitement ridicules et les autres, totalement hors de question. Le mot "Idiote" défila dans sa tête comme une enseigne de magasin. Elle aurait voulu à la fois s'approcher de lui et s'éloigner. On aurait dit une adolescente, c'était ridicule. A 24 ans elle n'était toujours pas capable de se maîtriser et réagissait encore à l'instinct, sans aucun contrôle sur ses émotions. Un picotement dans le dos la fit redescendre sur terre. Elle inspira de nouveau.

« Heum...Nous...Nous y allons ? »

Et elle avança d'un pas ou deux vers la sortie, mettant un peu plus de distance entre elle et le professeur. L'air entra mieux dans ses poumons et elle retrouva tous ses esprits, se maudissant de rougir aussi vite.
Ils passèrent la porte de l'infirmerie et la jeune docteur ferma bien à clé derrière elle. Puis elle se tourna vers Zero en lui offrant son plus beau sourire et ils partirent côte à côte jusqu'à l'escalier. L'infirmerie se trouvait à l'étage des Insis. Ce qui arrangeait bien Seena puisqu'elle était une habituée des lieux, étant une ancienne Insi. Elle n'avait pas l'occasion de croiser beaucoup de Somnis et s'épargnait la présence parfois horripilante des Impès. Arrivé dans les escaliers qui les mèneraient au hall d'entrée, Seen' retrouva sa langue comme par magie:

« Vous savez, il n'y a pas beaucoup de chemin à faire jusqu'à chez moi. Je suis obligée de vivre près de l'école pour pouvoir intervenir n'importe quand rapidement. L'établissement me loue d'ailleurs la maison que j'habite et est responsable des enchantements qui l'entourent. J'habite le premier étage mais le rez-de-chaussée est habitable apparemment. Peut-être un jour trouveront-il un professeur pour y habiter ? Ça me fera de la compagnie à certains dîners. »

Aucune intentions ou idée cachée ne se dissimulait derrière ces paroles. Seena pouvait se montrer d'une candeur rare et alors qu'une autre aurait vu là une belle occasion d'inviter un homme, la jeune femme ne faisait que discuter de ce qu'elle savait de sa maison. Elle était très contente de sa demeure, c'était très grand et elle profitait aussi du grenier qui était habitable pour peu qu'on ne soit pas trop grand, ce qui était son cas. Mais parfois elle se disait qu'un voisin à l'étage d'en bas pourrait être agréable...

« Et vous Professeur ? Vous avez des voisins agréables ? J'ai vu que vous habitez en appartement. Vous vivez bien ? Ça peut-être agaçant quand on a des personnes peu respectueuses à côté ou au-dessus de chez soi. J'ai vécu de longues années en appartement. »

Ils étaient en bas, dans le hall.

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Zero Van Hallagen
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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Ven 20 Jan - 8:36

    « Oui...Oui je veux bien. »

Marché conclu, et le silence qui suivit fut interminable. Mais lui il ne trouvait pas cela désagréable.
Il avait l’habitude de ça et c’était finalement de cette façon qu’il se sentait le plus à l’aise, il y avait pourtant de quoi être mal à l’aise pas vrai ? Il ne faisait plus bien jour, si bien qu’il avait de mal à discerner la continuité de son visage – et le rouge qui avait pris place sur ses joues -, la voix de mademoiselle Seena avait perdu en puissance et se faisait plus calme, plus douce, plus faible. Et ce silence il devait bien être le seul à l’interpréter de cette jolie façon si agréable, reposante, n’importe qui y aurait perçu la gêne et l’embarras dans laquelle il embarquait l’infirmière. Il ne songeait pas à tout cela, se contentant de la regarder et de perdre peu à peu la candeur et l’innocence de son visage pour une expression plus calme et ordinaire. Il ne supposait pas comme son regard, habituellement si mort à l’intérieur, pouvait soudainement peser bien lourd sur ses épaules.
Lui il ne voyait là rien de mal.

Ni de bizarre.

    « Heum...Nous...Nous y allons ? »

Adorable. Il suivit ses pas sans attendre, remettant ses lunettes et saisissant ses affaires posées un peu plus loin. Il ne remit pas sa veste, n’ayant pas cette habitude de se couvrir et n’étant pas dérangé par le goût piquant du froid de la nuit. Il sortit dans le couloir, regardant par la fenêtre le soir qui s’amoncelait doucement, les mains dans les poches et lui jetant un regard furtif quand ses clés cessèrent de s’agiter dans la serrure. Il répondit à sa bonne humeur par un léger sourire, il se sentait un peu bête sans comprendre pourquoi. Sans chercher à le savoir non plus. Ce n’était pas important, après tout. Pas très grave. Il l’accompagnerait jusqu’à chez elle, écouterait sa voix retrouver sa candeur habituelle.

Il redeviendrait inutile.
Mais ce n’était pas très grave, pas tant que ça.

    « Vous savez, il n'y a pas beaucoup de chemin à faire jusqu'à chez moi. Je suis obligée de vivre près de l'école pour pouvoir intervenir n'importe quand rapidement. L'établissement me loue d'ailleurs la maison que j'habite et est responsable des enchantements qui l'entourent. J'habite le premier étage mais le rez-de-chaussée est habitable apparemment. Peut-être un jour trouveront-ils un professeur pour y habiter ? Ça me fera de la compagnie à certains dîners. »

Il lui lança un regard.
Y avait-il un message caché derrière cela ? Quand bien même ce serait le cas, il ne s’aperçut absolument de rien. Rien du tout.

    « Et vous Professeur ? Vous avez des voisins agréables ? J'ai vu que vous habitez en appartement. Vous vivez bien ? Ça peut-être agaçant quand on a des personnes peu respectueuses à côté ou au-dessus de chez soi. J'ai vécu de longues années en appartement. »

Oups, c’était à lui de répondre. Il ouvrit la bouche mais sa parole se perdit dans sa gorge.
Respire, inspire, respire, inspire. Oublie ta timidité pour une fois ; sauf que tu ne sais pas comment faire, c’est triste. Pourtant la situation n’est pas comme d’habitude, n’est-ce pas ? Mademoiselle Seena n’est pas comme les autres, c’est peut-être pour cela. Tu découvres une autre forme de timidité dont tu ignorais l’existence jusqu’à maintenant.
Et tu risques de mettre un long moment avant de comprendre tout cela.

Tu me fais pitié.

    « Ils sont bruyants. »

Ils le dérangeaient, car l’homme effacé et invisible qui l’était attirait les foutages de gueule. Tout le monde savait dans le bâtiment qu’il ne protestait jamais : il avait droit à tous les encombrants, poubelles, fêtes et blagues visqueuses. Mais le pire restait le bruit, sans aucun doute, sans que cela le pousse à s’énerver ou à protester contre tout ça. Il regardait le sol, la mine triste, alors qu’ils quittaient l’établissement et arrivaient dans la rue, suivant instinctivement les pas de Seena. Il faisait froid, il n’y fit pas attention.

    « Mais je m’y suis fait. »

On s’habitue à tout.
Mais le changement a du bon, pas vrai mademoiselle Seena ?
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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Sam 21 Jan - 4:44

« Oh... »

La jeune femme ne pouvait pas manquer l'air un peu triste de son collègue. Il semblait tout à coup plus déprimé. Elle qui avait été heureuse de le voir plus léger et souriant. Elle avait abordé un sujet moyennement gaie apparemment. Il semblait que la vie de M. Van Hallagen n'était pas très amusante. C'était étrange qu'il y soit aussi résigné plutôt que de lutter.

« Mais...Si vous avez des problèmes de voisinages, pourquoi ne pas changer de quartiers ? Il y a beaucoup d'endroits très agréables et à des prix corrects dans Londres. En revanche, je comprend que vous ne vouliez pas d'une des boîte à chaussure qu'ils proposent ici dans l'école. »

Elle rit en repensant à l'allure des chambres à Iesfira. Elle avait visité une des chambres pour professeur à son arrivée. C'était plus un studio qu'autre chose. Elle avait refusé. Ses études s'étaient déroulées dans un studio minable où elle ne vivait jamais tranquille alors même si elle aimait la compagnie, elle refusait de faire une croix sur sa vie privée et son intimité. Un chez-soi, c'est ce dont elle avait rêvé tout son doctorat. Alors quand on lui avait montré le placard sans aucun espace privé qu'on lui allouerai, elle avait fait simplement demi-tour et reprit ses affaires en remerciant. Alors avec un soupir on lui avait proposé la solution de secours: une maison dont l'établissement louait les deux étages séparément. Elle avait visité, était tombée amoureuse des vastes pièces qui lui laissait une totale liberté de mouvement même avec ses ailes. Elle avait tout de suite accepté.

« Ce n'est pas agréable de vivre dans un endroit bruyant. Ne vous infligez pas trop de souffrances inutiles, d'accord ? Les élèves malmènent déjà assez les adultes comme ça. »

Elle lui offrit un joli sourire avant de remonter son col et de pousser la porte d'entrée. Il faisait froid dehors et sombre à présent que le soleil était couché. Elle n'aimait pas le froid. Malgré qu'elle soit née à Londres, elle ne supportait pas l'hiver glacial, le vent piquant et le ciel gris perpétuel. Alors c'était toujours écharpe, manteau bien chaud et parfois même cache-oreille. Pas aujourd'hui, elle l'avait oublié le matin. Elle frissonna quand le vent s'infiltra dans ses vêtements. Un coup d’œil sur Zero lui donna encore plus froid.

« Mais...Mais vous allez attraper la mort ! Il fait un froid polaire, comment pouvez-vous sortir sans veste ? Vous ne sentez pas le froid ? C'est votre pouvoir de survivre à des températures extrêmes ? »

Après tout pourquoi pas ? Lui n'avait jamais vu quel était son pouvoir à elle, elle n'avait jamais été sous forme angélique devant lui. Quelle tête ferait-il quand il l'apprendrait ? Surpris ? Émerveillé ? Effrayé ? Ca pouvait sembler étrange mais beaucoup de personnes avaient peur quand elles voyaient pour la première fois Seena avec ses ailes.
Le quartier miteux dans lequel se trouvait l'école n'était pas des plus dangereux mais tout de même mal fréquenté. Cependant, peu d'incidents avaient lieux. Parce que les personnes sortant d'Iesfira étaient majoritairement des adultes et parce que ces adultes étaient capables de choses effrayantes. Même la frêle mademoiselle O'Dell était capable de mettre KO le plus baraqué des banlieusards si elle le souhaitait. Elle ne craignait pas les balles ou une quelconque sorte de coup et elle avait, grâce à ses ailes, la force de frappe d'un haltérophile bien entraîné. Alors vive dans le coin ne posait pas beaucoup de problème à la jeune femme. Sa maison était entourée des mêmes charmes que l'école. De l'extérieur elle semblait miteuse et les rideaux ternes étaient toujours fermés. Pourtant l'intérieur était grand, moderne et lumineux, les fenêtres habillaient même tout un pan de mur, laissant la lumière se déverser dans le salon de la jeune femme au premier étage. Au rez-de-chaussée tout était ouvert et lumineux, il y avait des baies vitrées qui donnaient sur un joli jardin anglais typique mais que personne ne pouvait voir de l'extérieur. Et tout ça caché au cœur de Londres dans un coin mal famé. Ça amusait beaucoup Seena de voir les gens jeter des regards inquiets vers sa maison. Après tout, voir qu'il y a de la vie à l'intérieur grâce aux aller-venue mais n'en percevoir aucune trace par les fenêtres, ça finit par inquiéter les habitués. Comme il restait un morceau de chemin, Seen' se mit à parler avec entrain, un peu toute seule mais se sentant tout ce même écoutée:

« C'est étrange mais j'aime ce coin. On y est plutôt tranquille quand on vient d'Iesfira et il est très bien desservit par le bus. Le logement doit jouer aussi et les souvenirs également... On était plutôt agité dans ma classe d'Insis quand on sortait de l'enceinte du lycée. Je me souviens d'une après-midi en particulier: c'était au printemps et on avait décroché une permission de sortir. On avait passé la journée dans la rue à s'amuser. Un peu plus loin il y a un vieux bâtiment d'usine désaffecté, on y a fait un jeu de cache-cache géant mémorable ! Et puis on a trouvé l'accès au toit et aux greniers alors...Là c'était le paradis pour des gosses. Je passais assez souvent devant la maison où j'habite maintenant et sans jamais soupçonner qu'elle était enchantée. Comme je vivait à Londres avec mes parents, j'avais souvent le droit de sortir pour les voir ou rentrer chez moi un week-end. »

C'était de bons souvenirs. De ceux qui restent à vie et qu'on raconte à ses petits enfants quand on est vieux, au coin de la cheminée. Seena avait un sourire aux lèvres malgré le froid. Elle se sentait en confiance avec Zero à ses côtés, elle pouvait parler librement. D'autant qu'ils étaient allé à la même école. Elle le savait grâce au dossier où il était marqué qu'il était un ancien élève. Mais son don n'était pas répertorié, ce qui l'avait contrarié à ce moment là.

« Je suis arrivée à Iesfira en troisième année. Je ne connaissais personne mais les Insis sont des gens accueillants et ouverts, je me suis vite fait des amis. J'étais tellement émerveillée en arrivant ici...Mon grand plaisir c'était de voir le pouvoir des autres en action. Je dois reconnaitre que je menais une guerre sans merci contre les Somnis à cause des "traditions" mais au fond, je les trouvais épatant. Leurs pouvoirs sont si surprenant. De même que les Impés qui peuvent être adorables ou exaspérants. Cette maîtrise qu'ils ont, chacun dans leur domaine, je trouve ça formidable encore aujourd'hui. Chez les Insis c'est autres choses. Nous "sommes" notre don. Je me faisais charrier par mes amis quand j'ouvrais de grands yeux devant les talents des autres. Surtout des plus grands qui avaient la maîtrise de leur talent. Ils m'impressionnaient et m'intimidaient un peu. - Elle tourna la tête vers le jeune homme et son teint se rehaussa de rose - Vous faisiez partie des plus âgés, de ceux devant lesquels je m'écartait avec des étoiles pleins les yeux en imaginant quel pouvoir et quelle maîtrise ils pouvaient avoir. Je suis certaine que l'on s'est déjà croisé dans les couloirs. Mais les plus grands ne regardent jamais les plus jeunes et c'était il y a longtemps...10 ans... »

Seena se mit alors à rire. Elle parlait comme si elle avait déjà 50 ans alors qu'elle débutait à peine sa vie ! Mais 10 ans, ça peut être très long. Surtout que les années d'adolescence sont les plus agitées et les plus intenses avant de passer à l'age adulte et au 10 années suivantes qui sont également hautes en couleurs en général. Mais s'entendre parler ainsi était tellement étrange.
Ils avaient bien marché et la jeune femme guida son accompagnateur à l'angle d'une rue. Ils étaient presque arrivé. Elle lui désigna du doigt une étroite maison à la façade poussiéreuse et grise.

« Voila mon domaine ! Ce n'est pas très loin de l'école, pas vrai ? Et de dehors c'est vraiment moche... Mais il ne faut pas s'y fier. »

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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Dim 22 Jan - 9:49

Elle n’avait pas tort.
Elle avait même raison – et voilà une réflexion fort dynamique.

Mais il ne pouvait rien dire, au fond. Ça ne le rendait pas si triste que ça, ça le dérangeait seulement. Comme le fait de rater le métro, d’oublier ses copies ou de perdre ses clés. C’était le genre de choses qui lui infligeait une simple expression de mécontentement avant de pousser un soupir silencieux, après il continuait sa vie et se voilant d’indifférence, il ne savait rien faire de mieux et s’y habitué le plus fatalement du monde. Quelle importance cela pouvait-il avoir ? Aucune. Zero ne pouvait pas espérer déménager, ce serait trop soudain, ça lui coûterait trop d’argent et ça modifierait considérablement son train de vie. Il devrait visiter trop d’appartements, passer des coups de fil et devoir abandonner ses habitudes pour en quérir d’autres. Il ne se sentait pas de le faire, il n’en avait pas envie. Il préférait subir les petits mécontentements de la vie plutôt que d’admettre qu’il se sentait un peu mal, juste un peu.
Et que là il se sentait un peu mieux, juste un peu.

Sa réflexion sur ses élèves était fondée, mais il avait appris depuis longtemps à ne plus le remarquer. A oublier le bruit, l’agitation, les remarques peu flatteuses et les moqueries. Il faisait son cours en fermant son esprit, ne remarquant presque pas les rares questions, n’accordant son attention qu’aux élèves qui avaient la foi de survivre à ses heures si ennuyeuses. Et alors la cloche sonnait, le laissant seul et penaud dans une salle de classe déserte et brutalement silencieuse. C’était des instants incroyablement longs alors qu’il était face à lui-même et qu’il n’avait rien à se dire.
Il était alors temps de commencer le cours d’après, puis ça recommençait. Encore et encore.
La routine, quoi. Pas comme maintenant.

    « Mais...Mais vous allez attraper la mort ! Il fait un froid polaire, comment pouvez-vous sortir sans veste ? Vous ne sentez pas le froid ? C'est votre pouvoir de survivre à des températures extrêmes ? »

Il eut un sourire gêné.
Le froid ne le dérangeait pas, jamais. Au contraire l’hiver était sa saison préférée ainsi que l’automne. Il appréciait le froid et le vent, il aimait les picotements sur ses bras, il aimait le réconfort de la chaleur d’un intérieur. C’était l’une des rares choses qu’il savait apprécier avec simplicité ; de ce fait il n’enfila pas sa veste, il n’en avait pas besoin. Les mains dans les poches il écouta attentivement le récit de mademoiselle Seena, se rappelant avec douceur de ses précédents propos, il ne fut pas surpris d’apprendre son attachement à cet endroit, n’avait-elle pas justement précisé qu’elle aimait particulièrement Londres ? Il aurait pu lui en faire la remarque, au détour d’une phrase, mais il n’en fit rien, quelque chose lui nouait le ventre.
Il ne savait pas vraiment quoi.

Malgré la nuit il perçu la rosée sur ses joues.

    « Vous faisiez partie des plus âgés, de ceux devant lesquels je m'écartais avec des étoiles pleins les yeux en imaginant quel pouvoir et quelle maîtrise ils pouvaient avoir. Je suis certaine que l'on s'est déjà croisé dans les couloirs. Mais les plus grands ne regardent jamais les plus jeunes et c'était il y a longtemps...10 ans... »

Il avait un peu mal au cœur.
Il ouvrit la bouche pour répondre mais perdit le sens de ses paroles.

    « Voilà mon domaine ! Ce n'est pas très loin de l'école, pas vrai ? Et de dehors c'est vraiment moche... Mais il ne faut pas s'y fier. »

Il leva les yeux vers sa bâtisse, le regard creux il voyait la demeure sans véritablement le faire. Il réfléchissait. Avalant sa salive avec difficulté, il saisit le peu de courage qu’il avait et fit un pas, puis deux, se plaçant juste devant mademoiselle Seena. Il baissa la tête vers elle.

    « Tu te méfiais des Somnis ? »

Pour savoir.

    « J’étais peut-être un élève plus âgé mais jamais personne ne m’a regardé comme ça. »

L’air était drôlement lourd, tout à coup.
Mais il laissait à mademoiselle Seena le soin de le remarquer pour lui.

    « Tu as une jolie maison. »

Et cela sans même y jeter un coup d’œil, continuant de la regarder.
De profiter de ces yeux qui se posaient sur lui, peut-être les seuls qui n’avaient jamais su le faire.
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Seena O'Dell
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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Dim 22 Jan - 13:04

« Tu te méfiais des Somnis ? »

Seena eu une expression surprise. Mais pas juste à cause de la question, aussi à cause de la situation. Il se tenait là, vraiment près d'elle et elle devait lever la tête pour le regarder tandis qu'il baissait les yeux vers elle pour croiser son regard. De nouveau cette sensation de trouble l'envahit et une chaleur nouvelle lui fit oublier le froid et le vent. Elle chavira un instant sans se rendre compte, laissant à Zero le temps de parler encore.

« J’étais peut-être un élève plus âgé mais jamais personne ne m’a regardé comme ça. »

Si personne n'entendit le BOUM que fit à cet instant le cœur de la demoiselle, c'était surement un miracle. Parce que elle, elle ne l'avait pas loupé. Et de nouveau elle rougit...Ça devenait une manie en la présence de ce professeur. La remarque suivante lui échappa totalement tant elle était partie ailleurs. Vous savez, ces 2 ou 3 secondes en temps réel qui vous semblent une éternité parce que votre cerveau tourne tellement vite et vous pensez à tellement de choses que ça vous semble impossible que tout ça tienne en si peu de temps. Et bien Seena était en plein dedans. Pour commencer elle se disait qu'il était proche d'elle. Physiquement. A un point qui lui donnait des frissons, elle pouvait presque sentir sa chaleur. Ensuite il la regardait avec une intensité dont il ne devait même pas avoir conscience et qui lui faisait perdre tous ses moyens à elle. Noyée dans le bleu de ses yeux elle ne trouvait plus ses mots et ça la paniquait presque. Elle n'arrivait pas à se souvenir de comment on faisait une discussion... Et puis elle le trouvait tout à coup particulièrement attirant tout en se maudissant de penser ça d'un professeur, d'un collègue de travail, d'un homme qu'elle connaissait si peu au fond. Et puis ce qu'il avait dit la touchait également. Elle prit également conscience qu'elle le regardait certes pour lui même mais aussi avec une petite lueur différente. Plus de doute quand au fait qu'il avait quelque chose de spécial car personne ne lui avait jamais fait cet effet là. en tout cas, pas depuis qu'elle était ado et à cet âge là, on est pas connu pour avoir une grande maîtrise de ses hormones ou de ses émotions. Pour terminer, elle se demandait si elle n'avait pas fait une boulette en lui parlant de ses sentiments envers les Somnis. C'est donc un peu (ou complètement) perdue et déboussolée qu'elle répondit en bafouillant, les joues en feu:

« Heu, je, enfin, je...Non..oui... Ils ne me font pas vraiment peur mais...Leur pouvoir est invisible et il touche à l'esprit en général...Ça m'a toujours impressionné et j'ai toujours eu craint que l'un d'eux s'en prenne à moi à l'époque...Je ne voulais pas qu'on puisse rentrer dans ma tête. Enfin...Je...voila. Mais je n'ai rien contre eux ! Certains sont même très..Très gentil. »

Elle baissa un moment les yeux pour rompre ce contact qui l’oppressait. Un poids l'empêchait de respirer normalement. Ou était-ce la proximité ? Il n'avait pas l'air de se rendre compte de ce qu'il provoquait ou alors il le faisait justement exprès...Même si ça ne collait pas vraiment avec ce qu'elle avait vu de lui jusque là. Finalement, elle prit son courage à deux mains et le regarda de nouveau dans les yeux. Un frisson courut dans son dos et imperceptiblement, elle se pencha en avant, vers lui. Elle ne se rendit même pas compte.

« Tu...Tu es un Somnis, c'est ça ? »

Elle était revenue au tutoiement naturellement. Bien sur qu'il l'était, pourquoi aurait-il posé la question sinon ? Mais alors...Peut-être qu'il pouvait entrer dans sa tête ! Peut-être qu'il pouvait lire ses pensées ! Et alors il devait savoir ce qu'elle pensait de lui à cet instant ! Seena devint plus rouge qu'une pivoine.

« Tu ne vas pas lire mes pensées hein ? » demanda-t-elle avec un brin d'affolement dans la honte qui vibrait dans sa voix.

Si c'était le cas, elle n'oserait plus se montrer devant lui pour les 30 prochaines années. Ce qui serait difficile s'il tombait malade ou se blessait... C'était idiot, beaucoup de Somnis avaient autre chose comme pouvoir que de lire dans la tête des gens mais c'était sa peur, savoir qu'on pouvait tranquillement entrer dans son esprit et le lire comme un livre ouvert. Elle n'avait jamais eu de journal intime rédigé de peur que quelqu'un tombe dessus alors savoir qu'on pouvait lire ses pensées c'était comme savoir que quelqu'un à votre journal intime dans les mains. Les pensées qu'elle avait pour Zero étaient toutes flatteuses et donc gênantes pour elle. Pourvu qu'il ne sache pas lire dans la tête !

« Les pouvoirs des Somnis m'intimident parce que...Ce sont les seuls que je ne peux pas contrer. Je peux me protéger de toutes les attaques physique et être imperméable au monde mais quand ce n'est pas tangible, quand ça concerne l'esprit...Là je suis complètement vulnérable. Je sais qu'ils ne pas user de leur pouvoir n'importe comment mais je ne les sous-estime jamais. »

C'était vrai. Elle ne voulait pas lui mentir, ça ne servait à rien. Quand un élève Somni arrivait chez elle, elle savait qu'il serait plus ennuyeux que les autres parce que plus réservé. Mais il serait aussi plus dangereux. Elle était une Insi donc forcement, elle avait moins d'affinité avec les Somnis et leur pouvoir qui étaient à l'opposé du sien. Elle avait une devise quand elle était en cours et qui résumait chaque maison " Les Insis Sont, les Impés Contrôlent, les Somnis Rêvent.". Et tout le monde sait qu'un rêve peut vite devenir un cauchemar et qu'on en reste prisonnier facilement.
Mais une petite voix au fond d'elle lui rappela qui elle avait en face. C'était Zero, surement l'homme le plus doux et gentil qu'elle ai jamais rencontré. Il ne pouvait pas lui faire le moindre mal, ça se voyait dans ses yeux. Et elle ne voulait pas qu'il se sente blessé par ses paroles. Une vague de chaleur et de sentiment l'enveloppa et c'est avec plus d'assurance qu'elle lui affirma:

« Mais toi Zero, je te fais complètement confiance. Parce que je t'aime...bien. »

Étrange comme le dernier mot était sortit avec un peu de retard. Et ça lui avait presque couté à la jolie petite infirmière de le rajouter. De constater ça la mit fortement dans l'embarras mais heureusement tout ça se déroula dans sa tête. Elle se promit de se donner le temps d'y penser le soir même. Quoi que...C'était peut-être déjà tout réfléchis...Oui, ça semblait être déjà posé dans son esprit. Encore flou, à définir mais comme si cet aveu, cette révélation avait libéré quelque chose. Il fallait peut-être un peu de temps pou être certaine mais des réponses étaient déjà présentes. La jeune femme baissa les yeux, mal à l'aise. Elle posa une main sur le torse du jeune professeur: il était glacé. Encore un geste impulsif, qui n'était pas le fruit d'une réflexion mais juste d'une envie, d'une pulsion irraisonnée et qu'elle ne prenait même pas la peine de contenir. Ou plutôt, qui se manifestait si vite qu'elle n'avait pas le temps de la voir venir pour la contrer. Elle dit d'une voix basse:

« Tu vas attraper froid... »

Après tout, il se promenait avec simplement une chemise et un pull...

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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Lun 23 Jan - 10:01

Il y avait une différence entre ne rien voir, faire semblant de ne rien voir et ne pas oser supporter la moindre désillusion. Cette différence s’appelait le passé, et quand bien même celui de Zero était incroyablement vide et creux il y avait finalement des choses qui revenaient : la solitude, l’indifférence, toutes ces choses qui n’avaient jamais existé mais auxquelles il avait espéré l’espace de quelques secondes. L’espoir futile et débile qu’on éprouvait en pensant que tout allait enfin changer, en croisant un regard, en pensant être la source d’un sourire, en croyant attirer l’attention et la pensée. Et il songeait à cela en cet instant précis, il se demandait s’il oserait – alors qu’il avait quitté sa plate adolescence depuis longtemps – encore croire en des illusions impossibles et ridicules. Ces mêmes-là qui faisaient espérer qu’à une déclaration d’amour débile prononcée sur la pulsion soudaine de l’instant, la réponse serait positive.
Ça ne durait qu’un vulgaire instant et face à cela la chute était haute.
Il avait encore l’impression de tomber.

Et de haut, de très haut.
L’atterrissage allait être violent et peut-être qu’il arrivait maintenant ?

Il avait les yeux grands ouverts à guetter ce rouge qui explosait sur ses joues, tendant l’oreille pour l’écouter bafouiller un semblant d’explications sur ses sentiments envers les Somnies et la méfiance qu’elle ne pouvait s’empêcher d’éprouver à leur égard. Puis il y avait ça, le reste. Le peu d’espace qu’il y avait entre eux deux, la fine buée qui s’échappait de ses lèvres et venaient tourbillonner près de lui, ses yeux qu’elle avait finalement baissés. Il ne put s’empêcher d’avancer un peu la tête comme s’il cherchait inconsciemment à le retrouver, ce regard, celui qu’il n’avait jamais perçu chez personne d’autre, ce regard pour lequel il éprouvait un réconfort certain. Il voulait croire en ses chimères et ses fantaisies, les rares qu’il s’accordait. Mais s’il se trompait ?
Et si ça n’avait rien à voir ? Il se sentirait ridicule et il n’avait pas envie de songer à ça avec mademoiselle Seena. Ce n’était que le fruit de son imagination sans aucun doute.

    « Tu...Tu es un Somnis, c'est ça ? »

Il ne répondit pas.

    « Tu ne vas pas lire mes pensées hein ? »

Il eut un rire, mais un rire de timide. Vous savez ; une espèce de hoquet joyeux dissimulé derrière un soupir gêné et silencieux, il ne savait rien faire de mieux. Pas d’éclat de voix, juste une exclamation de gaieté poussée sur l’instant, n’ayant pas la moindre trace de distinction ou d’élégance. Son sourire lui creusait les joues. Il continuait de la regarder.

Il pouvait comprendre sans mal son appréhension avec les Somnis, lui-même avait souvent redouté les personnes de son groupe – et tous les autres, en fait - ; il n’avait jamais vraiment compris pourquoi lui n’arrivait à rien avec son pouvoir, qu’est-ce qui clochait chez lui, pourquoi n’avait-il jamais su être différent à part sur ce point-là ? Il avait honte rien que d’y penser, et dire qu’il possédait un pouvoir si puissant, peut-être l’un des plus dangereux et qu’il ne savait rien en faire. Il ne pouvait même pas aider qui que ce soit.
Son inutilité lui fit baisser la tête.

    « Mais toi Zero, je te fais complètement confiance. Parce que je t'aime...bien. »

Bug.
Il n’y aurait qu’une seule façon pour faire comprendre la réaction qu’il eut à cet instant, aucune, techniquement. Comme un bug sur un vieil ordinateur : le genre d’ancien modèle qui résiste à toutes les épreuves avec robustesse et lenteur à la fois. Ce genre d’appareil dont on ne songe pas à se débarrasser parce qu’il a l’assurance des anciens modèles et qu’il a l’art de ne jamais planter. Alors quand ça arrive, c’est l’arrêt général. Le noir, impossible de redémarrer, d’éteindre ou de rallumer. La machine se fait silencieuse et discrète mais tout est mort à l’intérieur, plus rien ne fonctionne et on se demande jusqu’à quand ça va durer. Venait l’heure du reformatage.
Et Zero, lui, était en total blackout.

    « Tu vas attraper froid... »

Hein ? Attendez.
Ça revenait, tout doucement. Et il sentit une main sur son torse ne pouvant s’empêcher un mouvement de surprise. Quoi faire, quoi dire ? Il avait la tête pleine, soudainement et il se demandait s’il était dans la réalité ou pas. Ça sonnait un peu faux, pas vrai ? Mais il lui fallait bien dire quelque chose alors il se mit à parler sans s’en rendre compte, ayant une voix légèrement plus forte que d’habitude.

    « A l’époque, personne ne savait vraiment quel pouvoir j’avais, alors ils disaient tous qu’il devait être tellement nul que je faisais exprès de ne jamais l’utiliser pour le cacher. »

Mais qu’est-ce que tu racontes, Zero ? Et pourquoi parler de ça ?
Il la regardait toujours de la même manière, avec cette candeur et cette banalité affligeante. Sans réfléchir – serveur complètement mort, vous dis-je – il approcha de sa main de la joue de mademoiselle Seena, juste à quelques millimètres de celle-ci mais sans la toucher. Il savait que la chaleur émanant de ses paumes était si fulgurante qu’elle la sentirait sans mal et il ne prendrait pas le risque de la toucher.

    « Je peux contrôler la douleur. »

Son regard était vide de toute ambiguïté.
Pourtant il devait bien en avoir une dans les vestiges de son processeur cramé. Il reprenait doucement ses esprits. Il se recula légèrement, relâchant la pression entre leurs deux corps, montrant vaguement sa nuque du doigt.

    « Mais je ne sais pas le faire. »

La preuve.
Voilà, la machine recommençait à crocheter, preuve qu’elle revenait à elle.
Il avait chaud aux joues, et aux mains, et un peu partout ailleurs. Sa voix retrouva sa faiblesse et son hésitation naturelle habituelle.

    « Moi aussi je t’aime bien. »

Preuve qu’au final il ne pourrait jamais rien faire contre elle.
Tant qu’il évitait les contacts physiques, mais ça il s’obtint de le préciser.
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Seena O'Dell
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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Lun 23 Jan - 11:49

C'était surement la relation la plus insolite, la plus étrange et la plus perturbante que Seena ai jamais vécu et elle doutait qu'elle puisse en vivre une autre de ce genre. Comment peut-on sérieusement créer une situation si tendue, ambigüe et oppressante puis la faire disparaitre de son plein gré à peine quelques instants plus tard ? La jeune femme avait l'impression que le monde n'était plus dans le bon sens. Vous savez, comme quand on vous bande les yeux et qu'on vous fait tourner sur vous même. Vous avez cette impression que le haut, le bas, la droite et la gauche se sont mélangés et que vous flottez au milieu sans savoir où vous êtes exactement. Et bien c'était à peu près l'état dans lequel Seen' se retrouva à présent.

Quand il avait approché la main, elle avait sentie sa chaleur. Elle n'avait pas fait un geste, attendant de voir s'il irait au bout du sien. Mais non, il ne fit que l'effleurer sans la toucher vraiment. Elle était allé au bout de son mouvement mais pas lui. Quelque chose au fond d'elle fut déçue voir un peu meurtrie. C'était un peu comme de faire face à un échec, une de ces situations où on était pas sur de réussir mais où on espérait. Pour finalement voir que non. Ca tuait l'espoir dans l'oeuf. La jeune médecin laissa retomber simplement son bras quand il s'écarta. Pas de beaucoup mais assez pour qu'un courant d'air froid les sépare et brise ce qu'il avait pourtant crée un instant avant. Quel étrange et perturbant personnage... Seena se promit de tout se remémorer et d'analyser toute la situation et toutes les paroles avant de se faire une opinion. Et puis elle appellerai quelqu'un aussi.

« Mais je ne sais pas le faire. »

Oubliant toute considération sentimentale, cette déclaration étonna beaucoup la jeune femme. On ne sortait généralement pas de Iesfira sans avoir une maîtrise parfaite de son pouvoir, au moins de quoi ne pas faire mal aux autres. Alors lui ils l'avaient laissé partir ? Pourquoi ? Surement parce qu'il était si insignifiant aux yeux du monde que son cas était passé sous le nez de tous sans qu'on s'en aperçoive. Ou parce que personne ne le pensait assez courageux, assez fort ou assez méchant pour utiliser son don à mauvais escient. Ces considérations pincèrent le coeur de la demoiselle. Mais le ton doux et de nouveau feutré du professeur la ramena à des sentiments plus pacifiques:

« Moi aussi je t’aime bien. »

Elle sourit avec beaucoup de tendresse. Il ne l'avait pas dit comme un homme le dit à une femme. Il l'avait dit comme un enfant pouvait l'exprimer envers un adulte qu'il appréciait particulièrement. Que devait-elle comprendre ? Il était comme ça depuis le début mais parfois il agissait de manière tellement troublante... Il était soit en train de la repousser alors qu'elle n'avait même pas conscience qu'elle lui faisait de discrètes avances, soit il ne se rendait compte de rien. Mais alors de rien du tout. Et cette réponse qui en temps normal aurait pu sembler un peu exagérée pour un autre homme avait ici tout à fait sa place. Il était comme ça, il ne se rendait pas compte. Pas comte qu'elle pouvait être autre chose qu'une collègue sympathique ou une présence amicale. Il ne percevait pas qu'elle était aussi une femme en dehors de son travail et qu'elle le voyait à la fois comme un professeur et comme un homme qu'elle appréciait.
Incroyable.
L'ange de l'infirmerie avait du mal à réaliser ce que son cerveau venait de pondre comme résultat en si peu de temps. Il lui fallait la soirée. Non, 24h. Ou même 48h pour vraiment percuter l'ampleur du phénomène.

« Tu es un personnage très étrange Zero...Mais très intéressant aussi. Et ton don, c'est dommage que tu n'ai pas appris à le maîtriser, il a l'air tout simplement prodigieux. Si un jour tu veux apprendre, laisse moi t'aider d'accord ? »

C'était lui qui aurait dut être médecin. Il aurait du faire quelque chose dans l'humanitaire, la médecine ou le sanitaire. Il pouvait aider les gens, effacer les souffrances et les douleurs. Elle, elle ne pouvait que faire des ronds dans le ciel.

« Moi j'ai un pouvoir purement physique, comme tous les Insis. J'ai des ailes, elles peuvent me porter et sont une protection naturelle, rien ne passe au travers. A l'école j'avais gagné le surnom d'"Angel". »

Elle ne pouvait pas, en pleine rue, se déshabiller et ouvrir ses ailes. Tout comme il ne pouvait pas lui montrer en quoi consistait son don. Mais elle lui promit qu'un jour il les verrait puisqu'elle allait parfois au travail sous sa forme ailée.
Il commençait à faire vraiment sombre et froid, elle resserra autour d'elle son manteau.

« Ne tarde pas sur le chemin, je ne voudrais pas que tu fasses de mauvaises rencontre. On se voit demain d'accord ? Je passerai en salle des profs. »

Et voila. Elle n'avait plus qu'à rentrer chez elle, à se faire couler un bon bain chaud et à cogiter toute la soirée. Ca allait mettre des heures mais elle avait une personne de bon conseil toujours joignable. Alors maintenant il fallait tourner les talons et rentrer chez soi. Comment se dire au revoir ? Lui serrer la main ? Lui adresser un petit signe de loin ? Lui faire la bise à la française ? Oh et puis zut après tout !

« A demain alors. »

Elle ne trouva pas la force de faire plus que de lui adresser un beau sourire. Pas trop d'émotion en une soirée hein ! Ni pour elle, ni pour lui. Bien qu'il n'ai pas semblé très troublé de son côté. Elle prendrait d'autres initiatives la prochaine fois, elle avait som compte pour l'instant et ne voulait pas mettre les pieds dans le plat. Seena se retira avec un sourire elle s'éloigna d'un bon pas. Arrivée sur son seuil, elle lui fit un petit signe de la main et entra chez elle. Avec un gros soupir, elle se laissa aller le dos contre la porte.

« Ma fille, t'as un tas énorme de truc à ranger dans ta tête ! Alors traine pas ! » gronda-t-elle pour elle même.

C'est donc d'un pas énergique et décidée à mettre toute cette affaire au clair qu'elle monta les escaliers face à la porte d'entrée pour rejoindre son chez elle. Zero Van Hallagen, prend garde car quand Seena se met à réfléchir sur elle même, c'est que l'heure est grave.

[HJ: Mp envoyé pour papoter de la suite =3 ]

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MessageSujet: Re: « La douleur persiste pour qui n’a pas d’espoir. »   Dim 12 Fév - 8:06

Spoiler:
 

    « Tu es un personnage très étrange Zero...Mais très intéressant aussi. Et ton don, c'est dommage que tu n'ai pas appris à le maîtriser, il a l'air tout simplement prodigieux. Si un jour tu veux apprendre, laisse moi t'aider d'accord ? »

Jamais.
Mais ça, c'était complexe à lui faire comprendre. Elle ne saisissait pas l'ampleur de son pouvoir, ses difficultés à l'utiliser, ses problèmes vis-à-vis de cela. Pouvait-elle seulement savoir comme, finalement, ç'avait été difficile d'en parler pour lui, d'une certaine manière ? Il détestait évoquer cela, il détestait admettre cette faiblesse-là - quand bien même il ne semblait qu'en avoir, celle-ci était la pire, celle qu'il redoutait le plus. Pourquoi s'était soudainement avoué vaincu, pourquoi avait-il évoqué ce détail ? Pris par une impulsion soudaine - même lui pouvait en avoir - il avait décidé de parler de ça, peut-être aussi pour bloquer d'éventuelles autres pulsions soudaines qui pourrait être bien plus maladroites, inappropriées et étranges venant de lui. Elle avait très gentiment réagi et il devait admettre qu'il se sentait joyeux d'être ainsi en sa présence, de parler avec elle, de la voir si enthousiaste quand bien même ses espoirs étaient vains et inespérés. Quand bien même personne ne pouvait probablement plus rien pour l'aider à contrôler son pouvoir. Il continuerait à souffrir en silence, il n’infligerait pas cela à mademoiselle Seena : de ce fait, il se dit que jamais il ne la toucherait.
Sans savoir pourquoi cette pensée le rendit un peu triste.

    « Moi j'ai un pouvoir purement physique, comme tous les Insis. J'ai des ailes, elles peuvent me porter et sont une protection naturelle, rien ne passe au travers. A l'école j'avais gagné le surnom d'"Angel". »

Il l'observait parler, fasciné par ses propos. Son pouvoir semblait si extraordinaire ! Si grandiose ! Peut-être serait-il effrayé de voir apparaître sur son dos d'imposantes ailes mais il en doutait : il éprouvait la furieuse envie discrète et calme de voir ce phénomène, peut-être qu'après il la comprendrait encore un peu mieux. Son visage aurait pu s'illuminer sous la passion imminente d'un pouvoir qu'il jugeait si intéressant, mais celui-ci resta de marbre, rempli de calme et de sérénité comme il l'avait toujours été.

Il fut parcouru d'un frisson en la voyant resserrer sa veste autour d'elle, ne cherchant pas à savoir si c'était réellement à cause du froid.

    « Ne tarde pas sur le chemin, je ne voudrais pas que tu fasses de mauvaises rencontre. On se voit demain d'accord ? Je passerai en salle des profs. »

Il eut un sourire, perdant sa voix - d'un côté, il ne lui arrivait pas souvent de l'avoir avec lui. Il avait tant de choses à dire, tant de choses à faire, tant d'idées qui se bousculaient dans sa tête : il lui arrivait si peu souvent de ne pas avoir les pensées claires et rangées dans l'ordre selon leur importance. Là il se disait qu'il devait lui répondre, qu'il ne savait pas quoi dire, qu'il ne souhaitait pas la quitter maintenant, qu'il était heureux de savoir qu'elle passerait en salle des profs.
Son cœur battait légèrement plus vite que d'habitude, mais ça, il ne s'en rendit pas compte.

    « A demain alors. »

Il répondit à son sourire par un silence grandiose, ouvrant banalement la bouche pour répondre quelque chose sans qu'aucun son ne sorte. Trop concentré à tenter de dire quelque chose pour afficher un joli sourire, elle était déjà de dos en train de rentrer dans sa maison : elle partait trop vite. Il voulait lui dire bonne nuit, il voulait dire des tas d'autres choses.
Lui raconter sa vie, dans la nuit et le froid, quand bien même il n'y avait rien à raconter.
Elle lui fit un signe de main.

    « A... attends. »

Elle était déjà rentrée, trop tard. Il l'avait loupée.
Ce n'était pas très grave, ayant cependant une légère moue triste incontrôlable. Regardant le sol, il prit quelques secondes pour s'apercevoir que le froid lui anesthésiait les mains et que ses jambes étaient engourdies par le vent. Sans attendre plus longtemps il fit demi-tour et entreprit de rentrer chez lui ; cette fois-ci ne songeant non pas à ses cours, au programme télévisé ou à ce qu'il allait pouvoir se faire à manger mais à tout autre chose.

L'air dans le vague, il se demandait si elle pensait à lui.
Il l'espérait, en tout cas.
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